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Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien : 90 ans d’Histoire

Le Petit Journal vous propose, à travers cette série intitulée « Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien : 90 ans d’Histoire… », de retracer l’évolution du Parti communiste vietnamien depuis ses débuts clandestins jusqu’à son

Le Petit Journal vous propose, à travers cette série intitulée « Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien : 90 ans d’Histoire… », de retracer l’évolution du Parti communiste vietnamien depuis ses débuts clandestins jusqu’à son rôle central dans le Vietnam contemporain.

Le 19 janvier 2026, le Parti communiste vietnamien tiendra à Hanoï son 14ᵉ congrès national. Désormais organisé tous les cinq ans, ce rendez-vous majeur de la vie politique vietnamienne n’a pourtant pas toujours obéi à un calendrier régulier. Le premier congrès, tenu en 1935 à Macao dans la quasi-clandestinité, ne réunissait que 13 délégués pour un parti encore embryonnaire de 600 membres. À l’inverse, le dernier congrès, organisé en 2021 dans la capitale vietnamienne, a rassemblé 1 587 délégués d’un parti solidement installé au pouvoir et fort de plus de cinq millions d’adhérents. Attendu comme le symbole d’une nouvelle ère de prospérité, le congrès de 2026 illustre la trajectoire exceptionnelle d’un parti passé, en neuf décennies, de la clandestinité révolutionnaire à la grande messe politique télévisée. Une histoire que Le Petit Journal vous propose de retracer.

Le secrétaire général Tô Lâm, accompagné d’autres dirigeants du Parti et de l’État, inaugure l’exposition “Le Parti communiste vietnamien – De Congrès en Congrès”

Chapitre 1 – les années héroïques

1935 : Les débuts d’une organisation

Mars 1935. C’est à Macao, dans le sud de la Chine, que 13 des 600 membres que compte alors le Parti communiste vietnamien se réunissent autour de Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh. 
 
Le Parti, lui, a été fondé cinq ans plus tôt, en 1930, à Hong-Kong, par ce même Nguyen Ai Quoc, alors agent du Kominterm. Si ses débuts sont marqués par une quasi-clandestinité, il commence néanmoins à se structurer, et un peu partout dans le Vietnam – on est alors à l’apogée de la colonisation française – des comités de forment.
 
Pour ce qui est du congrès de Macao, il constate que le mouvement révolutionnaire a progressé et que le Parti commence à s’organiser. Aussi adopte-t-il les statuts du Parti et ceux des organisations de masse du Parti. 

Texte de la toute première résolution

Une direction traquée

C’est Le Hong Phong qui est élu Premier secrétaire, Nguyen Ai Quoc étant quant à lui nommé représentant auprès de l’Internationale communiste. 

 
 
 

Le Hong Phong 

Premier secrétaire, Le Hong Phong ne le restera que jusqu’en juillet 1936. Il aura trois successeurs : Ha Huy Tap, de juillet 1936 à mars 1938, Nguyen Van Cu, de mars 1938 à janvier 1940, et Truong Chinh, à partir, donc, de janvier 1940. Il faut dire que les temps sont durs pour les nationalistes vietnamiens, communistes ou non-communistes, qui sont traqués par la sûreté française… 

1951 – Le Parti communiste à la tête de la résistance 

1951. 16 années se sont écoulées depuis le premier congrès de Macao. Dans l’intervalle, Nguyen Ai Quoc est sorti de la clandestinité pour devenir Ho Chi Minh. Mieux encore, il a proclamé l’indépendance et donné naissance à la République démocratique du Vietnam. C’était le 2 septembre 1945, à Hanoï, au moment-même où s’achevait la Seconde guerre mondiale. 
 
Mais c’était sans compter sur la France et son obstination à conserver la « perle de l’empire »… Car les Français n’ont pas dit leur dernier mot. Dès l’automne 1945, Paris a en effet envoyé un corps expéditionnaire en Indochine avec pour mission d’y réinstaurer la souveraineté française, laquelle avait été brutalement balayée par le coup de force japonais du 9 mars. 
 
Aussi la résistance s’est-elle organisée, et dès 1946, a débuté la guerre dite « d’Indochine » dans les livres d’Histoire français, avec d’un côté la France, qui depuis 1949 se bat en principe pour le Vietnam de sa majesté Bao Daï (un Vietnam auquel elle a entre-temps accordé une pseudo-indépendance qui ressemble à s’y méprendre au protectorat du bon vieux temps de « l’Indo »), et de l’autre, le Vietminh, soit un conglomérat de tous les mouvements nationalistes que compte le Vietnam, mais qui reste ultra-dominé par… le Parti communiste vietnamien. 
 
C’est donc un Parti en guerre, sinon au pouvoir, qui se réunit en congrès national à Vinh Quang, dans le nord du Vietnam alors contrôlé par le Vietminh. 158 délégués sont présents, 158 sur 766.349 membres que compte le Parti en ce mois de février 1951. 
 
La guerre, elle, a pris un tournant décisif. Le corps expéditionnaire français vient d’essuyer un très lourd revers sur la RC4, la route coloniale 4 qui va de Cao Bang à Lang Son, et les soldats de Ho Chi Minh se sont emparés de toute la région nord, ce qui leur donne un accès direct à la République populaire de Chine dont l’avènement en octobre 1949 a fait basculer l’équilibre des forces sur le terrain indochinois.      
 
Dès lors, les membres du parti sentent bien que la victoire est possible. C’est du reste ce qui ressort du rapport politique, qui insiste sur la notion de « victoire complète ». 

 

Ho Chi Minh en 1951

Truong Chinh 

Le Comité central qui est élu à Vinh Quang comprend 29 membres. Le Politburo, lui en comprend 7: Ho Chi Minh (qui hérite du titre de Président du Parti), Truong Chinh (qui est par ailleurs élu Premier secrétaire), Le Duan, Pham Van Dong, Vo Nguyen Giap, Nguyen Chi Thanh et Hoang Quoc Viet : autant de noms qui aujourd’hui font toute la toponymie urbaine du Vietnam… A noter aussi que le Parti adopte à cette occasion l’appellation de « Parti du travail ». 

   

1960 – La lutte pour la réunification

1960. Seules 9 années séparent le 2ème congrès du 3ème, mais beaucoup de choses se sont passées dans cet intervalle de temps, marqué avant tout par la partition du Vietnam au niveau du 17ème parallèle, partition décidée en juillet 1954 à Genève. Au nord, la République démocratique du Vietnam prend définitivement ses quartiers. Le Parti communiste s’installe alors au pouvoir à Hanoï et prend très officiellement les rênes du pays. Au sud, c’est un régime pro-américain qui se met en place.
 
Pour les nordistes, cette situation est inacceptable et l’objectif suprême demeure la réunification de tout le Vietnam.
 
En cette année 1960, le nord reprend son souffle. Son éclatante victoire militaire de Dien Bien Phu, en mai 1954, lui a certes permis d’en finir une bonne fois pour toutes avec la présence française, mais le soutien de plus en plus appuyé des Américains au régime de Saïgon laisse d’ores-et-déjà entrevoir une reprise des hostilités. Beaucoup de maquis se sont du reste constitués au sud du 17ème parallèle : le temps des Viêt-Cong a commencé… 
 
C’est dans ce contexte bien particulier qu’a lieu le 3ème Congrès national du Parti communiste vietnamien (ou « Parti du travail », c’est selon…). C’est cette fois à Hanoï, au grand jour, que se réunissent 525 délégués : le temps de la semi-clandestinité est bel et bien révolu… Le Parti, lui, compte à peu près 500.00 membres.
 
Si la lutte pour la réunification accapare bien sûr les débats, l’instauration du socialisme au nord agite également les esprits.
Le rapport politique indique du reste que deux missions révolutionnaires bien distinctes sont à mener. Au sud, il s’agit de poursuivre et d’intensifier la lutte : « … lutter résolument contre les impérialistes américains et leurs valets, mettre en échec leur politique d’agression et de guerre, renverser leur domination brutale. En dehors de cette voie, il n’y a pas d’autre chemin possible ». Au nord, en revanche, un premier plan quinquennal est mis en place, qui fait la part belle au développement de l’agriculture et de l’industrie lourde, mais aussi à l’instauration du socialisme.

Le 3ème congrès

Pour ce qui est des nouvelles instances dirigeantes, Ho Chi Minh conserve le titre de Président du Parti (il le conservera jusqu’à sa mort) et Le Duan est élu Premier secrétaire.

1976 – La Victoire !

1976. 16 ans et une victoire éclatante plus tard, le parti se réunit à nouveau en congrès national à Hanoï, capitale d’un Vietnam enfin réunifié. Un an plus tôt, en avril 1975, les soldats nord-vietnamiens sont entrés dans Saïgon (qui dans la foulée a été rebaptisée Ho Chi Minh-ville) et mis ainsi fin après de 30 ans de guerre. Hanoï l’a finalement emporté sur Saïgon et le Parti du travail est triomphant…
 
1.008 délégués sont réunis pour ce congrès de la victoire. Le Parti, lui, compte alors 1.550.000 membres.  
 
Il s’agit maintenant de définir les grandes lignes de la révolution socialiste. Instaurer la dictature du prolétariat, mettre en place une production socialiste, construire un régime collectiviste… Telles sont les grands mots d’ordre de ce Vietnam réunifié qui n’en finit plus de célébrer sa victoire.

Le 4ème congrès

Sur un plan plus symbolique, l’appellation de « Parti du travail » est abandonnée : on ne parlera plus désormais que de Parti communiste vietnamien !… Le Premier secrétaire devient un Secrétaire général (Le Duan, en l’occurrence), et la durée des mandats est fixée à cinq ans, avec par conséquent, l’adoption, à chaque congrès, d’un plan quinquennal.

Le Duan, en visite dans une ferme d’État

Quant à la République démocratique du Vietnam, elle devient officiellement la République socialiste du Vietnam.

Au début des années 1980, le Vietnam sort victorieux de la guerre mais exsangue sur le plan économique. Isolé sur la scène internationale, confronté à de lourdes difficultés internes et à l’effritement de ses soutiens traditionnels, le Parti communiste vietnamien se retrouve face à un choix décisif : persister dans le dogme ou engager une profonde remise en question. C’est lors de ses congrès nationaux, et à l’approche du XIVᵉ congrès qui se tiendra en janvier 2026 à Hanoï, que ce débat stratégique va prendre toute son ampleur. Des congrès de 1982 à celui de 1996, cette période charnière voit le Parti reconnaître ses échecs, lancer le Đổi Mới et poser les bases d’un modèle inédit, « l’économie de marché à orientation socialiste », qui transformera durablement le pays.

Ouverture du XIIIe Congrès national du Parti, le 26 janvier 2021 à Hanoï

Chapitre 2 – l’après-guerre et le Renouveau

1982 – les années difficiles

1982. Le Vietnam est un pays décimé par trente ans de guerre, un pays où tout ou presque est à reconstruire. Mais l’embargo décrété par les Etats-Unis pèse lourd sur l’économie vietnamienne. Quant au bloc soviétique, sur lequel le pays prend appui, il commence à se fissurer, en ce début des années 1980…

Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste vietnamien tient son Congrès national en mars 1982 à Hanoï, avec 1 033 délégués réunis pour l’occasion (le Parti compte alors 1.727.000 membres).

Le traditionnel rapport politique qui est soumis au Congrès fait état de difficultés inhérentes à « l’édification du socialisme », pour reprendre la formule consacrée. Une bureaucratie omniprésente, un appareil administratifs trop pesant : tels sont les problèmes qui sont pointés du doigt. Des problèmes qui n’empêchent pas le Parti de réaffirmer la pertinence de la voie révolutionnaire socialiste définie par le IVe Congrès (1976, donc) et de préparer un nouveau plan quinquennal qui s’inscrit dans cette logique.

Timbre-poste édité à l’occasion du congrès de 1982

Le Comité central qui est élu à l’occasion de ce Congrès de 1982 comprend 116 membres. Le Duan est réélu Secrétaire général et le restera jusqu’à son décès, le 10 juillet 1986. C’est alors Truong Chinh, qui avait été Premier secrétaire entre 1951 et 1960, qui lui succède. 

1986 – le Renouveau

1986. Le bloc soviétique est au bord de l’implosion. En U.R.S.S, dont il a pris les rênes en 1985, Mikhaïl Gorbatchev entreprend de grandes réformes économiques : c’est la Perestroïka. Il en va de même en République populaire de Chine, où Deng Xiaoping engage lui aussi le pays sur la voie de la réforme, en n’hésitant pas à reprendre à son compte un certain nombre de principes de l’économie de marché. 

Le Vietnam, lui, n’a pas d’autre choix que de suivre cet élan réformateur : c’est une question de survie… Aussi va-t-il, à l’occasion du Congrès de 1986, lancer le « Doi Moi » (« renouveau », en français) qui est une sorte de « Perestroïka à la vietnamienne ». 

Les 1 129 délégués réunis à Hanoï entre le 15 et le 18 décembre 1986 (le parti compte alors 1.900.000 membres) se retrouvent en effet face à une situation pour le moins critique. Production au ralenti, exploitation insuffisante des ressources du pays, déséquilibres économiques patents, croissance faible… Il est devenu parfaitement clair que l’objectif fixé en 1982, qui consistait pour l’essentiel à stabiliser la situation socio-économique, n’a pas été atteint et que le dogmatisme ambiant qui gangrène alors le Parti est en grande partie responsable de cette faillite. 

Le 6e Congrès


Aussi est-il décidé de « regarder la vérité en face » et d’en tirer les conséquences… Et c’est à partir de cette autocritique sans concession que le Parti va engager le Vietnam sur la voie d’un renouveau global. L’accent est mis sur la réforme des politiques économiques et le maintien de la stabilité sociale. Les forces de production sont libérées et à partir de là, le pays va commencer à sortir la tête de l’eau.  

Une économie marchande, gérée par l’Etat, va progressivement prendre forme, ce sera « l’économie de marché à orientation socialiste », qui aujourd’hui encore, est officiellement en vigueur dans le pays. 

C’est Nguyen Van Linh qui est l’architecte de ce Renouveau, et qui logiquement, est élu Secrétaire général à l’issue de ce VIe Congrès, congrès qui marque un tournant historique, pour le Vietnam, et pas seulement sur le plan économique. On va en effet assister à une véritable ouverture sur le monde et à une intégration de plus en plus marquée du pays à la communauté internationale.  

Nguyen van Linh


1991 – Socialisme et Renouveau


1991 restera dans les annales comme étant l’année de la dissolution de l’Union soviétique et de la fin du pacte de Varsovie. Si l’Europe semble ainsi avoir tourné le dos au communisme (le mur de Berlin est tombé fin 1989), le Vietnam, lui, reste fidèle à la voie qu’il s’est tracée, c’est-à-dire à l’édification du socialisme.

Les réformes entreprises cinq ans plus tôt ont commencé à donner leurs fruits et l’orientation choisie, « l’économie de marché à orientation socialiste », est confirmée par les 1 176 déléguées (pour les 2.155.022 membres que compte alors le Parti) qui se réunissent fin juin à Hanoï. 

« Poursuivre l’oeuvre du Renouveau et faire avancer le pays vers le socialisme ». Le mot d’ordre de ce VIIe Congrès résume à lui seul les aspirations de ce Vietnam du début des années 1990 : des réformes économiques, oui, mais dans un climat de stabilité politique…

Le programme qui est adopté à cette occasion rappelle d’ailleurs que la société vietnamienne est une société « appartenant aux travailleurs », une société à l’économie « hautement développée, dont les principaux moyens de production relèvent du domaine public », une société « dotée d’une culture avancée, imprégnée d’identité nationale », une société « dans laquelle les gens sont libérées de l’oppression, de l’exploitation et de l’injustice », une société « dont les différentes composantes ethniques sont égales et unies », une société, enfin, « soucieuse d’établir et de maintenir des liens amicaux avec le monde entier ».  

Il est en outre rappelé avec fermeté que le marxisme-léninisme et la pensée de Ho Chi Minh constituent les bases idéologiques du Parti communiste vietnamien. 

C’est Do Muoi qui est élu Secrétaire général à l’issue de ce VIIe Congrès, dont le grand fait marquant restera tout de même la confirmation de la ligne adoptée en 1986.

 

Do Muoi


1996 – Modernisation et industrialisation


Le rythme quinquennal étant définitivement instauré, c’est en juin 1996 qu’a lieu le VIIIe Congrès national du Parti communiste vietnamien. 

Les cinq années qui se sont écoulées ont été marquées par des avancées significatives, pour le Vietnam, qui non content de progresser de plus en plus vite sur le plan économique, commence à s’ouvrir à l’international. Témoin la normalisation officielle des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, qui a eu lieu en 1995, soit 20 ans après la fin de la guerre : qui l’eût cru, au début des années 1980 ? 

Le 8e Congrès


Pour le Parti, il est en tout cas clair que la machine du progrès est lancée et que rien ne saurait l’arrêter, et c’est durant ce Congrès de 1996 que les notions d’industrialisation et de modernisation commencent à façonner les discours. Maintenant que le pays a renoué avec la croissance (une moyenne annuelle de 7%…), il doit aller de l’avant, et à marche forcée s’il le faut…  

Le Comité central qui sort de ce VIIIe Congres est singulièrement étoffé puisqu’il comprend 170 membres. Do Muoi est réélu Secrétaire général, mais il démissionnera en décembre 1997 et sera alors remplacé par Le Kha Phieu. 

Le Kha Phieu

À l’orée des années 2000, le Vietnam aborde un nouveau tournant de son histoire. Les réformes du Đổi Mới ont porté leurs fruits, la croissance s’accélère, la pauvreté recule et le pays s’affirme progressivement sur la scène internationale. Dans ce contexte de transformation rapide, les congrès nationaux du Parti communiste vietnamien deviennent plus que jamais les lieux où se définissent les ambitions économiques, politiques et idéologiques du pays. Quant à ce congrès de janvier 2026, il est attendu comme la célébration d’une nouvelle ère de prospérité à laquelle aspire le Vietnam d’aujourd’hui, un Vietnam ambitieux et décomplexé, qui entend bien donner de la voix dans le concert des nations. 1935-2026 donc: une trajectoire longue de 9 décennies, qui va de la réunion clandestine à la grande messe cathodique.

Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam To Lam, le président de la République Luong Cuong et le Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh, ainsi que de nombreux délégués, au XIe Congrès national d’émulation patriotique

Chapitre 3 – les années 2000

2001 – aller plus loin et plus vite

2001. Le Vietnam est entré dans le XXIe siècle avec optimisme et confiance en l’avenir. Il le peut. Sur le plan économique, tout semble indiquer que le Renouveau amorcé en 1986 est synonyme de progrès et d’ouverture ; et de fait, le pays tout entier semble aller de l’avant sur la voie de l’industrialisation, de la modernisation, mais aussi – et il n’est pas question de l’oublier – du socialisme. 

Le XIe Congrès, qui a lieu à Hanoï en avril en présence de 1 168 délégués (le parti comptant alors 2.479.719 membres) appelle à mettre en avant « la force de la nation », à accélérer « l’industrialisation et la modernisation » et à défendre « la patrie socialiste ». On ne saurait mieux dire… 

le 9e Congrès


Le bilan de la décennie précédente plaide en tout cas en faveur de la politique de réformes menée tambour battant par le Parti. Le Vietnam est en effet passé d’un mécanisme de gestion centralisée, caractérisé par une bureaucratie omniprésente et des subventions étatiques, à cette fameuse « économie de marché à orientation socialiste » dont il fait désormais son grand cheval de bataille. Le niveau de vie de la population, lui, s’est nettement amélioré : naguère endémique, la pauvreté recule.

Sur le plan international, là aussi, le Vietnam s’affirme de plus en plus comme un pays sûr et avec lequel il va falloir compter en ce début de XXIe siècle, aussi bien en Asie du Sud-Est que dans le reste du monde.  

« Promouvoir l’industrialisation et la modernisation », « construire une économie indépendante et autonome », « faire du pays un pays industriel », « accélérer l’intégration au tissu économique international », « aller vers plus d’équité sociale »… Tels sont les grands mots d’ordre de ce XIe Congrès, qui accouche d’une stratégie de développement socio-économique pour la période 2001-2010, stratégie dans laquelle il est notamment question de faire en sorte que le pays puisse être devenu un pays industriel et moderne à l’horizon 2020.

C’est Nong Duc Manh qui devient Secrétaire général. Le nouveau Comité central, lui, comprend 150 membres. 

Nong Duc Manh


2006 – sortir, enfin, du sous-développement


Cinq ans plus tard, la situation est globalement la même : le pays progresse – rapidement – au point de passer pour « l’étoile montante » du sud-est asiatique.

Les 1.176 délégués qui sont réunis à Hanoï au mois d’avril pour le Xe Congrès national du Parti communiste vietnamien (3.100.000 membres) n’en pensent pas moins. Le bilan qui est tiré des cinq années précédentes fait du reste état d’un développement socio-économique qui va crescendo, d’une amélioration tangible du niveau de vie de la population, mais aussi d’un prestige accru du pays sur la scène internationale.   

Pas question, pour autant, de se vautrer dans les délices de l’autosatisfaction : le traditionnel rapport politique qui est présenté à l’occasion de ce Xe Congrès appelle le Parti à plus de « combativité »… Mais il appelle surtout à sortir rapidement le Vietnam du sous-développement pour lui permettre de pouvoir prétendre au statut de pays moderne et industrialisé en 2020.

Pas question, non plus, d’oublier les fondamentaux : les portraits de Karl Marx et de Lénine qui trônent derrière la tribune sont là pour le rappeler, de même que le buste de Ho Chi Minh à la place d’honneur. Décor immuable… 

La ligne n’a donc pas changé et c’est assez logiquement que Nong Duc Manh est reconduit au poste de Secrétaire général pour les cinq années à venir. 

 

2011 – vers un Etat de droit socialiste du, par et pour le peuple

2011. Le Vietnam ne dévie pas de sa trajectoire ascendante. La manière dont il a réussi à réduire la pauvreté et à généraliser l’éducation lui vaut d’ailleurs des éloges de l’ONU.

C’est encore une fois dans un contexte d’avancée économique que le Pari tient son congrès national, le 11e de son histoire. Les 1.377 délégués (pour 3.600.000 membres) qui se réunissent à Hanoï au mois de janvier ont bien conscience que le pays est sur la bonne voie, en tout cas sur le plan économique.

Aussi le plan quinquennal qui est adopté s’inscrit-il dans la droite ligne de ceux qui l’ont précédés. Rendre le Parti plus combatif, édifier un système politique sain et fort, renforcer l’union nationale, développer l’économie, améliorer les conditions de vie de la population, maintenir la stabilité socio-politique, défendre l’indépendance et la souveraineté territoriale… S’ils n’ont rien de vraiment nouveau, tous ces mots d’ordre façonnent les discours.

« Avancer sur la voie du socialisme est l’aspiration du peuple vietnamien autant que le choix judicieux du Parti communiste vietnamien et du Président Ho Chi Minh »…

« Un pays puissant, démocratique, équitable et civilisé »…

« Un Etat de droit socialiste, du, par et pour le peuple, dirigé par le Parti communiste »…

Si elle est de circonstance, la phraséologie employée en dit long sur les ambitions du Parti, un Parti qui se dote d’un nouveau Secrétaire général en la personne de Nguyen Phu Trong, et d’un nouveau Comité central de 175 membres. 

Nguyen Phu Trong


2016 – renforcer et assainir le Parti


20 janvier 2016. Hanoï accueille le 12e Congrès national du Parti communiste vietnamien, un Parti qui s’est considérablement renforcé en l’espace de cinq ans puisqu’il compte désormais 4.500.000 membres. 

Mais sur ces 4.500.000-là, seuls 1.510, soigneusement sélectionnés, participent à cette grande messe cathodique qu’est devenu le Congrès.

Timbre-poste édité à l’occasion du 12e Congrès

Des débats de 2016, on retiendra surtout une volonté affichée d’assainir le Parti, c’est-à-dire de lutter contre une certaine forme d’affaissement idéologique, moral et éthique, mais aussi une détermination farouche à faire taire toute velléité d’auto-évolution en interne…   

Il est également question de rendre l’appareil politique plus efficace (ce qui sous-entend que…) et de lutter sans concession contre les fléaux que sont la corruption, le gaspillage et la bureaucratie…  

Autant dire que ce XIIe Congrès est celui d’un « grand ménage » voulu et mené par Nguyen Phu Trong lui-même, qui souhaite avant tout redonner de la crédibilité au Parti auprès de la population. 

Sur le plan du développement socio-économique, l’accent est mis sur l’éducation et les ressources humaines, mais également sur les infrastructures : deux domaines dans lesquels le pays entend donner un sérieux coup d’accélérateur… 

Le Secrétaire général sortant, lui, sort renforcé de ce XIIe Congrès : sa réélection le confirme dans son statut d’homme fort du moment. 

2021 – un pays puissant, démocratique, équitable et moderne…

2021. Le monde entier est confronté à une crise sanitaire sans précédent, crise sanitaire qui s’accompagne d’une crise économique. Les mesures de distanciation et de restriction pèsent lourdement sur les échanges commerciaux et les chaînes d’approvisionnement, poussant de nombreuses entreprises à la faillite.

Le Vietnam, lui, s’en sort plutôt mieux que beaucoup d’autres pays. Les mesures énergiques qui ont été prises en 2020 lui ont permis d’éviter une hécatombe et de maintenir un certain niveau d’activité. Mais elles ont surtout suscité un regain de confiance envers les autorités, et a fortiori envers le Parti. 

C’est dans ce contexte bien particulier que 1.587 délégués convergent vers le centre national des conférences de Hanoï, le 25 janvier, pour participer à l’ouverture du XIIIe Congrès national du parti communiste vietnamien, lequel compte désormais 5.100.000 membres. 

« Solidarité – Démocratie – Discipline – Créativité – Développement » sont les mots d’ordre de ce congrès, dont on retiendra surtout des objectifs économiquse ambitieux : non content d’être sorti du sous-développement, le Vietnam entend devenir, d’ici 2025-2030, un pays en développement doté d’une industrie moderne, et un pays développé à revenu élevé en 2045, année du centenaire de la république et de l’indépendance.

Autre fait marquant de ce XIIIe Congrès : la reconduction de Nguyen Phu Trong au poste de Secrétaire général pour un 3e mandat, chose qui n’était jamais arrivée auparavant. 


Ce 3e mandat, Nguyen Phu Trong ne l’achèvera pas. Miné par la maladie, il décède en juillet 2024. C’est Tô Lâm qui lui succède et qui est, à ce jour, à la tête du Parti, un Parti au faîte de sa puissance, qui s’apprête donc à tenir son XIVe Congrès et à faire entrer le Vietnam de plain-pied dans une nouvelle ère, une ère d’ascension nationale… 

Tô Lâm

dienhai.nguyen@free.fr

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