France – Vietnam : les nouvelles ambitions d’un partenariat stratégique global
À l'occasion de la Fête nationale française du 14 Juillet, l'ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet, a rencontré la presse pour revenir sur les temps forts de la coopération franco-vietnamienne. Avant de répondre aux questions,
À l’occasion de la Fête nationale française du 14 Juillet, l’ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet, a rencontré la presse pour revenir sur les temps forts de la coopération franco-vietnamienne.
Avant de répondre aux questions, il a lui-même guidé les journalistes le long d’une exposition photographique installée sur les murs de l’ambassade, retraçant les principaux jalons des relations franco-vietnamiennes depuis sa prise de fonctions à Hanoï. Une manière originale de dresser le bilan de trois années particulièrement riches et d’évoquer les nouvelles perspectives ouvertes par le partenariat stratégique global entre les deux pays. Entretien avec Olivier Brochet.

L’ambassadeur de France, Olivier Brochet, présente aux journalistes l’exposition consacrée aux jalons des relations franco-vietnamiennes. Photo : Hà Quynh/TTXVN
VOVWorld: Monsieur l’Ambassadeur, plus de cinquante ans après l’établissement des relations diplomatiques entre la France et le Vietnam, quel regard portez-vous sur cette relation, aujourd’hui portée par un partenariat stratégique global ?
Olivier Brochet : Alors, évidemment, la coopération entre nos deux pays a une longue histoire qui remonte à plus de 50 ans depuis que nos relations diplomatiques sont établies, qui a surtout été marquée par l’engagement très fort de la France aux côtés du Vietnam, à partir du moment où le Vietnam s’est engagé dans le Dôi Moi (Renouveau).
Toute la coopération que nous avons cherchée à développer très activement depuis trois ans se fonde d’abord sur des bases extrêmement solides. Et c’est en tenant compte de cette coopération historique, solide, de cette amitié très forte entre nos deux peuples et en tenant compte de tout le potentiel de coopération qu’il y a entre nos deux pays pour accompagner le Vietnam dans sa transformation que le secrétaire général et président de la République, Tô Lâm, lorsqu’il est venu au mois d’octobre 2024 à Paris, a proposé à la France d’être élevée au statut de partenaire stratégique global. Et puis, naturellement, lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, est venu l’an passé et que, là encore, quelques objectifs stratégiques ont été confortés, je dirais, comme des priorités absolues.
Cette coopération bilatérale n’est pas simplement en soutien au développement très rapide du pays, mais elle est également pour avoir une coopération plus forte de nos deux pays sur la scène internationale, parce que nous partageons des valeurs communes sur le multilatéralisme, sur la défense du droit international, sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États. Et aujourd’hui, dans le contexte international profondément déstabilisé, chaotique, dans lequel nous sommes, il est essentiel que la France et le Vietnam renforcent leur coopération politique également sur ce plan.

Un panneau de l’exposition revient sur l’élévation des relations franco-vietnamiennes au rang de Partenariat stratégique global en octobre 2024. Photo: Phuong Anh/VOV5
VOVWorld : Avec ce partenariat stratégique global, quelles sont désormais les grandes priorités de la coopération entre la France et le Vietnam ?
Olivier Brochet : Alors, il y a plusieurs axes de coopération. Le premier concerne les infrastructures stratégiques, pour lesquelles le Vietnam a défini des plans de développement très ambitieux. Je pense notamment à la transition énergétique, mais aussi au renforcement des transports afin d’améliorer, de manière générale, la connectivité du pays. Dans ces domaines, la France dispose d’une expertise mondialement reconnue. Nous avons ainsi proposé au Vietnam de renforcer très fortement notre coopération, tant sur la transition énergétique — pour accompagner la décarbonation de la production d’électricité, à travers les énergies renouvelables et, peut-être demain, le nucléaire — que dans le secteur des transports, avec un accent particulier sur le ferroviaire. Les besoins sont considérables au Vietnam, aussi bien pour les liaisons entre les villes que pour les réseaux ferroviaires urbains.
Au-delà des coopérations techniques et économiques, la France souhaite également accompagner le Vietnam dans le renforcement de son autonomie stratégique, afin qu’il dispose des capacités de produire par lui-même et de décider souverainement de son avenir. Des coopérations sont ainsi engagées dans les domaines de la défense et de la sécurité, du spatial, mais aussi dans la valorisation des minerais stratégiques et des terres rares vietnamiennes. L’objectif est de permettre au Vietnam d’exploiter pleinement ces ressources grâce à un appui technologique français, tout en contribuant, pour la France, à la sécurisation de ses approvisionnements.
Le troisième axe est celui de la préparation de l’avenir, à travers la formation de la jeunesse vietnamienne. C’est tout le sens de notre engagement au sein des campus franco-vietnamiens, des nombreux doubles diplômes proposés, ainsi que de l’appel que nous lançons aux jeunes Vietnamiens pour venir étudier en France et bénéficier des meilleures formations. Nous encourageons également le développement des coopérations entre laboratoires français et vietnamiens dans tous les secteurs stratégiques pour le Vietnam : les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, le spatial ou encore l’aéronautique.
VOVWorld : Au-delà des grands projets stratégiques, comment la coopération franco-vietnamienne bénéficie-t-elle concrètement aux citoyens vietnamiens, en particulier aux jeunes ?
Olivier Brochet : Le citoyen vietnamien et les jeunes Vietnamiens sont vraiment au cœur de l’approche de la coopération franco-vietnamienne parce que notre coopération s’inscrit pleinement dans une logique de développement durable. Et le développement durable, par principe, c’est de faire des choses qui permettent aux populations de s’adapter, de vivre mieux, mais également de s’adapter à tous les changements auxquels nous sommes confrontés. Je vais prendre deux exemples de ces coopérations au bénéfice des populations. La ligne 3 de métro et, d’une façon générale, l’offre française pour développer les transports urbains, c’est directement au service des citoyens, à la fois pour pouvoir mieux vivre en ville, mieux se déplacer, mieux respirer également dans une ville qui sera dépolluée. Et donc l’approche française, c’est à la fois d’avoir une offre technologique au meilleur niveau, mais c’est également d’avoir une coopération sur l’organisation des transports urbains, la connectivité. C’est exactement ce que la région Île-de-France fait à Hanoï dans le cadre du projet Move Hanoï.
Deuxième exemple très concret, la santé. C’est un domaine dans lequel, depuis plus de 30 ans, la coopération franco-vietnamienne est absolument exemplaire, non seulement pour la France et le Vietnam, mais même quand on compare à ce que nous faisons avec d’autres pays, qui a permis de former plus de 3000 médecins vietnamiens qui se sont spécialisés en France. Mais à côté de ça, nous voulons développer des nouvelles coopérations qui tiennent compte à la fois des progrès considérables qui ont été faits par la médecine vietnamienne et des besoins nouveaux qui apparaissent. C’est la raison pour laquelle nous sommes sur le point de signer un nouvel accord intergouvernemental de coopération dans le domaine de la santé.
Et puis, 3e axe innovant, c’est ce que nous avons engagé dans le domaine du sport. C’est une coopération complètement nouvelle que nous avons imaginée au moment des Jeux olympiques de Paris et qui, moins de 2 ans après les Jeux olympiques, commence à donner des premiers résultats concrets, puisque des équipes vietnamiennes viennent s’entraîner en France et rapportent des médailles d’or, d’ailleurs, que ce soit aux Jeux de l’ASEAN ou aux derniers Jeux qui se sont tenus au mois de juin. Nous espérons surtout pouvoir favoriser le développement du sport pour permettre aux jeunes de s’exprimer par le sport, d’être en bonne santé et puis, ensuite, d’avoir des champions qui apparaissent.
VOVWorld : Le patrimoine et la culture sont souvent présentés comme l’une des dimensions les plus singulières des relations franco-vietnamiennes. Pourquoi constituent-ils, selon vous, un pilier de ce partenariat ?
Olivier Brochet : Le patrimoine et la culture, c’est l’une des spécificités de la relation franco-vietnamienne, nourrie par notre histoire commune, par notre intérêt partagé pour ces questions et par notre conviction que le patrimoine est à la fois l’expression de l’identité des peuples, qui doit être défendue sur la scène internationale, et une source de valeur pour l’avenir. On pense bien entendu à la rénovation du pont Long Biên, pour laquelle la France a déjà financé plus de 700.000 euros d’études. Nous espérons que les travaux pourront être lancés très prochainement, et la France est prête à accompagner la ville de Hanoï dans ce projet.
Je pense aussi aux projets muséographiques. C’est une longue histoire de coopération qui remonte au Musée d’ethnographie de Hanoï, au Musée des femmes du Vietnam, et qui se poursuit aujourd’hui, notamment au Temple de la Littérature, où la coopération muséographique franco-vietnamienne est bien présente. Il y a également un grand projet à Diên Biên Phu avec le Mémorial de Caen. Une entreprise française a par ailleurs été retenue pour concevoir la muséographie du futur Musée du Parti communiste vietnamien.
VOVWorld : Dans un contexte international de plus en plus instable, quel rôle la France et le Vietnam peuvent-ils jouer ensemble sur la scène internationale ?
Olivier Brochet : L’année dernière, lors de sa visite au Vietnam, le président de la République, Emmanuel Macron, a prolongé son déplacement en participant au Dialogue de Shangri-La. Il y a prononcé un discours important appelant à la création d’une coalition des indépendants afin que nous puissions reprendre notre destin en main et ne pas laisser les grandes puissances nous imposer leurs choix politiques dans une logique de blocs, voire d’impérialisme.
Cette position française rejoint, d’une certaine manière, la vision exprimée cette année par le secrétaire général et président, Tô Lâm, au Dialogue de Shangri-La, lorsqu’il a déclaré que « les petits poissons doivent se regrouper pour ne pas être dévorés par les gros ».
En réalité, nous disons la même chose. Nos deux pays sont attachés aux mêmes principes fondamentaux qui doivent régir les relations internationales : le respect du droit international, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ainsi que le renforcement des institutions multilatérales, plutôt que leur affaiblissement, comme nous le constatons aujourd’hui.
Sur ces trois principes, nous avons des axes de coopération extrêmement importants avec le Vietnam, mais aussi, plus largement, entre l’Union européenne et les pays de l’ASEAN, ainsi qu’avec de nombreux autres partenaires. Au cours des trois dernières années, nous avons montré que la France et le Vietnam partageaient la même vision lors des grands rendez-vous internationaux.
Je pense naturellement au Sommet des océans de juin dernier, où le Vietnam nous a rejoints pour la ratification de l’accord BBNJ sur la protection de la haute mer. Le Vietnam était également à nos côtés lors du Sommet sur l’intelligence artificielle. De notre côté, nous avons soutenu le Vietnam lors du Sommet sur la cybercriminalité organisée ici. Le Vietnam a également participé au sommet One Health à Paris, en avril.
Nous sommes heureux de savoir que le Vietnam sera également présent au Sommet sur l’espace en septembre de l’année prochaine. Nous remercions aussi le Vietnam pour son soutien politique aux efforts menés avec le Royaume-Uni afin de trouver une solution permettant de rétablir durablement la libre circulation dans le détroit d’Ormuz.
Enfin, nous accompagnons également le Vietnam dans la formation des forces du ministère de la Défense et du ministère de la Sécurité publique afin qu’elles puissent participer aux opérations de maintien de la paix des Nations unies.
VOVWorld: À quelques mois du Sommet de la Francophonie au Cambodge, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Vietnamiens ?
Olivier Brochet : La tenue du Sommet de la Francophonie au Cambodge dans quelques mois est importante, d’abord parce qu’elle marque le retour de l’Organisation internationale de la Francophonie en Asie depuis le sommet historique de Hanoï en 1997. Ce que nous disons à la jeunesse vietnamienne, c’est d’utiliser tous les atouts dont elle dispose. Et la francophonie est aujourd’hui un atout encore sous-exploité. Trop peu de jeunes Vietnamiens apprennent le français. Pourtant, cette langue leur ouvre l’accès à d’excellentes formations universitaires en France, mais aussi au Canada, en Belgique ou en Suisse. Ils passent à côté de nombreuses opportunités, d’autant que ces formations sont souvent bien moins coûteuses que dans les pays anglophones.
Par ailleurs, les entreprises vietnamiennes auront de plus en plus besoin de collaborateurs francophones pour accéder aux marchés de l’espace francophone, qui représente aujourd’hui près de 350 millions d’habitants et connaît une forte croissance.
Le Vietnam y a toute sa place, non seulement comme membre, mais aussi comme acteur. Nous espérons donc que les jeunes Vietnamiens sauront tirer pleinement parti de cet avantage. Je suis, en tout cas, très heureux de constater, au cours des trois dernières années, des évolutions très encourageantes. D’abord, le nombre d’étudiants vietnamiens qui choisissent de venir étudier en France est de nouveau en hausse. Ensuite, les campus franco-vietnamiens affichent un grand dynamisme. Les doubles diplômes se développent également, tout comme les échanges d’étudiants français qui viennent passer un semestre au Vietnam. Enfin, dans le domaine de l’éducation, je suis particulièrement heureux de constater que le nombre d’établissements labellisés France Éducation est passé, en trois ans, de 17 à 44, faisant ainsi du Vietnam le premier réseau France Éducation en Asie, et de loin.
VOVWorld: Merci à vous !