Sept jours vers Trường Sa – Un voyage au cœur de mes racines, à bord du KN490
Il y a des voyages que l’on fait avec ses yeux.Et puis, il y a ceux que l’on fait avec le cœur.Mon voyage à Trường Sa appartient à cette deuxième catégorie.Pendant sept jours, à bord
Il y a des voyages que l’on fait avec ses yeux.
Et puis, il y a ceux que l’on fait avec le cœur.
Mon voyage à Trường Sa appartient à cette deuxième catégorie.
Pendant sept jours, à bord du navire militaire KN490, au départ de Cam Ranh, j’ai eu la chance de traverser la mer de Chine méridionale aux côtés de Vietnamiens venus de différents horizons, notamment de la diaspora vietnamienne à travers le monde.
Sept jours en mer.
Sept jours loin du quotidien.
Sept jours de rencontres, de découvertes, de partage et d’émotions.
Mais surtout, sept jours pour me rapprocher d’une partie de moi-même.

Le départ de Cam Ranh : partir vers l’horizon
Le départ de Cam Ranh restera longtemps gravé dans ma mémoire.
Lorsque le KN490 a quitté le port, je savais que nous commencions un voyage particulier. Je partais vers un archipel que je connaissais surtout à travers les récits, les images et l’histoire du Vietnam.
Mais cette fois, j’allais le découvrir autrement.
Depuis le pont du bateau, la terre s’éloignait progressivement.
Devant nous : l’immensité de la mer.
Derrière nous : Cam Ranh et le Vietnam continental.
Et entre les deux, une aventure de sept jours.
À bord, nous étions nombreux, venus de différents pays et de différentes générations. Nous avions des parcours différents, des vies différentes, mais quelque chose nous réunissait : cette même volonté de découvrir Trường Sa et de vivre cette expérience ensemble.
Très vite, les barrières sont tombées.
Les conversations ont commencé.
Les histoires personnelles se sont croisées.
Les sourires se sont multipliés.
La mer avait déjà commencé son travail : nous rapprocher.

Sept jours au rythme de la mer
La vie à bord du KN490 était différente de tout ce que nous connaissions.
Le temps semblait ralentir.
Les journées étaient rythmées par les escales, les cérémonies, les rencontres, les moments de recueillement, les échanges avec les militaires et les habitants, mais aussi par ces instants simples passés ensemble sur le pont du navire.
Il suffisait parfois de regarder l’horizon.
La mer à perte de vue.
Le ciel immense.
Le vent.
Le silence.
Et cette sensation étrange d’être à la fois très loin de la terre et pourtant très proche du Vietnam.
Chaque jour apportait son lot de découvertes.
Chaque île avait son visage.
Chaque rencontre avait son histoire.

Song Tử Tây : la première portait son lot de découvertes.
Notre première étape fut Song Tử Tây.
Approcher une île de Trường Sa après un jour et demi de navigation procure une émotion difficile à décrire.
À mesure que la terre apparaissait à l’horizon, l’impatience grandissait.
Puis vinrent les premiers échanges avec les soldats et les habitants.
J’ai découvert des hommes et des femmes dont la simplicité et la chaleur m’ont profondément touché.
Loin de l’agitation des grandes villes, la vie ici est intimement liée à la mer.
Les soldats accomplissent leur mission avec une grande discrétion, mais derrière cette apparente simplicité se cachent beaucoup de courage et de sacrifices.
Je me suis alors dit que Trường Sa n’était pas seulement un lieu géographique.
C’était avant tout un lieu de vie.
Un lieu habité par des femmes, des hommes et des familles qui, jour après jour, construisent leur quotidien au milieu de la mer.

Sơn Ca : au-delà de l’horizon
Notre deuxième escale fut Sơn Ca.
Chaque île semblait avoir sa propre atmosphère.
À Sơn Ca, j’ai été particulièrement sensible à la force tranquille qui se dégageait de ceux que nous avons rencontrés.
Les militaires que nous avons côtoyés nous ont impressionnés par leur discipline, mais aussi par leur simplicité.
Nous avons parlé, partagé des sourires, pris des photos.
Des moments qui peuvent sembler ordinaires, mais qui prennent une toute autre dimension lorsqu’ils sont vécus à des milliers de kilomètres de chez soi.
Je crois que c’est cela qui a rendu ce voyage si particulier.
Nous n’étions pas simplement des visiteurs.
Nous étions des Vietnamiens qui se retrouvaient, autour d’une histoire et d’un attachement commun.

Nam Yết : une émotion particulière
Puis nous avons atteint Nam Yết.
Au fil des jours, quelque chose avait changé en moi.
La mer, les îles, les rencontres commençaient à prendre une dimension plus intime.
Je ne regardais plus seulement les paysages.
Je regardais ce qu’ils représentaient.
Je pensais à l’histoire du Vietnam, à celles et ceux qui ont consacré leur vie à protéger ces territoires, mais aussi aux générations futures.
Les enfants rencontrés sur ces îles m’ont particulièrement émue.
Leur énergie, leurs sourires et leur naturel rappelaient que, malgré l’éloignement et les conditions de vie particulières, l’enfance reste partout la même.
Des enfants qui jouent.
Qui rient.
Qui rêvent.
Et qui grandissent avec la mer comme horizon.

Đá Lớn C : au milieu de l’immensité
L’escale à Đá Lớn C nous a rappelé toute la puissance de la nature.
Ici, la mer occupe tout l’espace.
On comprend mieux la réalité de ceux qui vivent et travaillent dans cet environnement.
La navigation, le vent, les vagues et les conditions parfois difficiles imposent leur rythme.
Et pourtant, au milieu de cette immensité, nous avons rencontré des personnes qui accomplissent leur mission avec une remarquable sérénité.
Ces moments m’ont beaucoup fait réfléchir.
Nous parlons souvent de courage comme d’une notion abstraite.
Mais ici, le courage est quotidien.
Il se trouve dans un réveil matinal.
Dans une mission accomplie.
Dans un éloignement prolongé de sa famille.
Dans la capacité à rester debout, jour après jour, au milieu de la mer.

Sinh Tồn : des visages que je n’oublierai pas
À Sinh Tồn, les rencontres ont une fois encore occupé une place centrale.
Ce voyage m’a appris que les plus beaux souvenirs ne sont pas toujours les paysages.
Ce sont souvent les visages.
Un sourire.
Une poignée de main.
Une conversation.
Un regard.
Un moment partagé.
À Sinh Tồn, comme ailleurs, j’ai découvert une communauté profondément attachante.
Les habitants nous ont accueillis avec une chaleur qui m’a beaucoup touchée.
Nous venions de loin, parfois de très loin.
Mais en quelques minutes, cette distance semblait disparaître.
Parce qu’au fond, nous partagions quelque chose de très simple : nous étions liés par le Vietnam.

Đá Tây A : la force de ceux qui vivent avec la mer
Notre voyage nous a ensuite conduits vers Đá Tây A.
Au fil des escales, je prenais davantage conscience de la singularité de cette vie insulaire.
Ici, la mer n’est pas seulement un paysage.
Elle est le quotidien.
Elle nourrit.
Elle protège.
Elle sépare.
Elle rapproche.
Elle impose aussi ses contraintes.
Et pourtant, ceux que nous avons rencontrés ont fait de cet environnement leur maison.
J’ai été particulièrement impressionnée par leur capacité à vivre avec cette réalité et à construire, malgré les difficultés, un quotidien fait de solidarité et d’entraide.

Trường Sa : arriver au cœur de l’émotion
Puis est venu le moment que nous attendions tous : Trường Sa.
Après plusieurs jours de navigation et plusieurs escales, arriver à Trường Sa a provoqué une émotion particulière.
Cette fois, je ne regardais plus seulement une île.
Je pensais à tout ce qu’elle représentait.
L’histoire.
La mémoire.
Les générations.
Les hommes et les femmes qui y vivent.
Les soldats qui y accomplissent leur mission.
Les familles séparées par la mer.
Et tous ceux qui, depuis le Vietnam ou depuis l’étranger, continuent à garder un lien avec cet endroit.
J’ai ressenti quelque chose de difficile à mettre en mots.
Une fierté.
Une émotion.
Une gratitude.
Et surtout, le sentiment profond d’être reliée à mon pays d’une manière que je n’avais jamais ressentie auparavant.

La plateforme DK1 : là où le courage prend un autre sens
Parmi les moments les plus marquants de ce voyage, la découverte de la plateforme DK1 restera certainement l’un des souvenirs les plus forts.
Ici, les mots « courage » et « dévouement » prennent une dimension très concrète.
Vivre et travailler au milieu de la mer, dans des conditions particulièrement exigeantes, loin de sa famille et de la terre ferme, demande une force intérieure considérable.
Nous avons pu échanger avec ceux qui y vivent et y travaillent.
Leurs histoires, leurs sourires et leur simplicité m’ont profondément touchée.
Je suis repartie avec une immense admiration pour ces hommes et ces femmes.
Ils ne parlent pas beaucoup de leurs sacrifices.
Ils accomplissent simplement leur mission.
Et c’est peut-être cela qui m’a le plus impressionnée.

Tổ 9 : une petite famille née au milieu de la mer
Au milieu de cette grande aventure, il y a eu une histoire plus intime, une histoire qui restera peut-être parmi les plus beaux souvenirs de ces sept jours : notre Tổ 9.
Nous étions un groupe de personnes venues d’horizons différents, avec nos histoires, nos personnalités et nos vies propres. Pourtant, dès les premiers jours, quelque chose s’est créé entre nous.
Chaque journée était bien remplie : visites, rencontres, cérémonies, activités collectives, échanges avec les soldats et les habitants, puis les soirées organisées à bord.
Mais lorsque les activités officielles se terminaient, notre journée à nous ne s’arrêtait pas vraiment.
Chaque soir, après les programmes du groupe et les soirées animées, nous nous retrouvions.
Parfois pour discuter.
Parfois pour rire.
Parfois pour chanter.
Et souvent, simplement autour d’un verre, pour rester ensemble, refaire le fil de la journée et partager ces petits moments qui, sans que l’on s’en rende compte, nous rapprochaient un peu plus chaque soir.
Ces rendez-vous du soir sont progressivement devenus notre petit rituel.
Nous parlions de ce que nous avions vécu, des personnes rencontrées, des paysages découverts, mais aussi de nos vies, de nos familles, de nos souvenirs et de nos rêves.
La mer autour de nous était immense, mais dans ces moments-là, notre petit groupe semblait former un monde à part.
Le Tổ 9 est devenu une petite famille.
Une famille née au milieu de la mer, loin de nos vies quotidiennes, mais qui s’est construite avec une étonnante rapidité.
Chaque soir, les liens devenaient un peu plus forts.
Les rires devenaient plus spontanés.
Les confidences plus profondes.
Les silences aussi devenaient familiers.
Nous ne savions pas encore que ces quelques soirées allaient devenir parmi les souvenirs les plus précieux de notre voyage.
Car les voyages sont faits de paysages, mais ils sont surtout faits de personnes.
Et parfois, les rencontres les plus importantes sont celles que l’on n’avait pas prévues.
Au fil des sept jours, le Tổ 9 s’est ainsi inscrit un peu plus profondément dans nos cœurs et dans nos pensées.
Nous savions que le voyage aurait une fin.
Que nous allions bientôt retrouver nos vies, nos familles, nos pays de résidence et nos habitudes.
Mais nous savions aussi qu’après Trường Sa, quelque chose nous unirait désormais.
Une histoire commune.
Des souvenirs que nous seuls pouvions comprendre pleinement.
Des regards qui n’auraient plus besoin de beaucoup de mots.
Et cette sensation particulière d’avoir vécu ensemble quelque chose d’unique.
Lorsque je repense aujourd’hui à ces sept jours, je ne me souviens pas seulement des sept îles, de la mer ou du KN490.
Je pense aussi à ces soirées du Tổ 9.
À nos rires.
À nos conversations.
À cette petite table où nous nous retrouvions chaque soir.
À cette complicité qui grandissait sans que nous nous en rendions compte.
Et je comprends que le plus beau cadeau de ce voyage n’était peut-être pas seulement d’avoir découvert Trường Sa.
C’était aussi d’avoir rencontré des personnes qui, en seulement sept jours, ont trouvé une place particulière dans mon cœur.
Le voyage s’est terminé. Mais le Tổ 9, lui, continue de vivre dans nos souvenirs, dans nos pensées et dans nos cœurs.
Plus qu’un voyage : une aventure humaine
Durant ces sept jours, j’ai compris que ce voyage ne serait pas seulement un voyage géographique. Il était humain.
À bord du KN490, nous avons partagé bien plus qu’une traversée.
Nous avons partagé des repas, des conversations, des chants, des sourires, des émotions et parfois des moments de silence face à l’immensité de la mer.
Des liens se sont créés.
Des amitiés sont nées.
Des histoires personnelles se sont croisées.
Des Vietnamiens vivant à l’étranger ont rencontré des Vietnamiens vivant au cœur de cet archipel.
Et pendant quelques jours, nous avons formé une communauté réunie autour d’une même histoire.
Trường Sa – Une rencontre avec mes racines
Avant ce voyage, je pensais connaître mon attachement au Vietnam. Après ces sept jours, je le ressens différemment. Je crois que certaines choses ne peuvent pas être comprises uniquement avec la tête. Il faut parfois les vivre.
Les voir.
Les ressentir.
Les toucher du regard.
Écouter les histoires de ceux qui les vivent.
C’est ce que Trường Sa m’a offert. J’ai découvert des paysages magnifiques, mais surtout des personnes extraordinaires.
Des soldats dévoués.
Des habitants chaleureux.
Des enfants pleins de vie.
Des femmes et des hommes qui, chacun à leur manière, m’ont donné une leçon de courage, de résilience et d’attachement à leur pays.
Quand la mer devient un lien
Le dernier jour, lorsque le KN490 a commencé à reprendre la direction du continent, j’ai regardé une dernière fois l’horizon.
Les îles s’éloignaient. Mais quelque chose, en moi, venait de changer. Je repartais avec des centaines de souvenirs.
Des visages.
Des paysages.
Des conversations.
Des chansons.
Des émotions.
Mais surtout avec le sentiment d’avoir retrouvé une partie de mes racines. Pendant sept jours, la mer n’avait pas été une frontière. Elle avait été un lien. Un lien entre le continent et les îles.
Entre les Vietnamiens de l’intérieur et ceux de la diaspora.
Entre le passé et le présent.
Entre ceux qui vivent aujourd’hui et ceux qui transmettront demain.

Je suis partie pour découvrir Trường Sa. Je suis revenue avec le Vietnam dans le cœur.
En quittant Trường Sa, je n’emportais pas seulement des photographies ou des souvenirs de voyage. J’emportais une émotion profonde. Une émotion difficile à expliquer à ceux qui n’ont pas vécu cette traversée.
Je suis partie de Cam Ranh avec l’envie de découvrir. Je suis revenue avec le sentiment d’avoir compris quelque chose.
Compris que les racines ne sont pas toujours visibles. Qu’elles peuvent se trouver dans une langue, dans une chanson, dans un paysage, dans une rencontre ou dans un simple regard. Et parfois, il suffit d’un voyage pour que ces racines deviennent soudainement plus fortes.
Sept jours en mer.
Sept escales.
Des dizaines de rencontres.
Des centaines d’émotions.
Et un souvenir que je garderai toute ma vie.
Le KN490 nous a ramenés vers la terre ferme. Mais une partie de moi est restée là-bas, quelque part entre les vagues, les îles et l’horizon de Trường Sa. Et depuis ce voyage, lorsque je pense au Vietnam, je ne pense plus seulement à un pays. Je pense à des visages.
À des voix.
À des enfants.
À des soldats.
À des familles.
À des amis rencontrés au milieu de la mer.
Et à cette immense étendue bleue qui, pendant sept jours, nous a tous réunis. Trường Sa restera pour moi bien plus qu’une destination. Ce sera désormais un morceau de mon cœur.

Trần Ngọc Thảo