Au cœur de la transition du leadership vietnamien
Le Parti communiste vietnamien tiendra son 14e congrès quinquennal du 19 au 25 janvier 2025, un événement politique minutieusement orchestré qui déterminera la direction et les orientations politiques du pays jusqu'en 2030. Ce congrès intervient à
Le Parti communiste vietnamien tiendra son 14e congrès quinquennal du 19 au 25 janvier 2025, un événement politique minutieusement orchestré qui déterminera la direction et les orientations politiques du pays jusqu’en 2030.
Ce congrès intervient à un moment charnière, alors que le Vietnam doit faire face au ralentissement du commerce mondial, à la montée des pressions géopolitiques et à des objectifs de croissance ambitieux.
Comment les dirigeants vietnamiens sont-ils choisis ?
Environ 1 600 délégués, représentant plus de 5 millions de membres du parti, participeront au congrès. Leur première tâche consiste à sélectionner environ 200 responsables pour le Comité central, principal organe décisionnel du parti.
Le Comité central nomme ensuite 17 à 19 membres au Bureau politique, l’institution la plus puissante du système politique vietnamien. Au sein de cet instance, le secrétaire général, figure la plus influente du pays, est choisi.
En pratique, les résultats en matière de leadership sont largement décidés avant le début du congrès, les candidats clés étant sélectionnés et présélectionnés lors de réunions internes du parti.
À l’issue du congrès, les élections parlementaires qui se tiendront de mars à mai devraient entériner les choix du parti pour les postes clés de l’État, notamment celui de président, de premier ministre, de président du parlement, de ministres et de gouverneur de la banque centrale.
Le Vietnam va-t-il changer de cap ?
Malgré l’alternance des dirigeants, le système politique vietnamien repose sur une prise de décision collective, ce qui a assuré une continuité remarquable en matière de politique économique et étrangère depuis les réformes du Doi Moi de la fin des années 1980.
Politique extérieure
Le Vietnam devrait maintenir son délicat équilibre entre les grandes puissances que sont la Chine, les États-Unis et la Russie, une stratégie connue sous le nom de « diplomatie du bambou », expression forgée par le précédent Secrétaire général du Parti, Nguyen Phu Trong.
Orientation économique
To Lam a manifesté son soutien à un secteur privé plus fort, promouvant des « champions nationaux » sous la supervision continue de l’État. Si le Vietnam souhaite réduire sa forte dépendance aux investissements étrangers, il demeure désireux d’attirer des capitaux de haute technologie pour atteindre ses objectifs de développement à long terme.
Objectifs ambitieux pour 2030
Les performances économiques restent un élément central de la légitimité du parti.
Selon un projet de rapport de politique générale, le Vietnam vise une croissance annuelle du PIB d’au moins 10 % entre 2026 et 2030, soit une forte augmentation par rapport à l’objectif atteint de 6,5 % à 7 % pour la période 2021-2025.
Cette initiative intervient malgré des obstacles de plus en plus importants, notamment les droits de douane américains élevés sur les exportations vietnamiennes, qui menacent les recettes provenant d’un des principaux marchés étrangers du pays.
Pour soutenir la croissance, le parti prévoit de :
Faire de l’économie privée le « moteur de l’économie », tout en préservant le « rôle de premier plan » de l’État.
Accroître les dépenses publiques consacrées aux infrastructures et au développement
Autoriser un déficit budgétaire plus important, de l’ordre de 5 % du PIB, contre environ 3,1 % à 3,2 % lors du cycle quinquennal précédent.
Analyse : La stabilité plutôt que la surprise, l’ambition plutôt que la facilité
Le prochain congrès du parti vietnamien n’entraînera probablement pas de changements politiques spectaculaires, mais ses implications sont loin d’être routinières.
La continuité du pouvoir sous To Lam laisse présager un renforcement de la sécurité, de la discipline et de l’autorité de l’État, même si le parti aspire à une croissance plus rapide grâce à l’entreprise privée. La tension entre un contrôle politique accru et la libéralisation économique déterminera la prochaine étape de l’histoire du Vietnam.
L’objectif de croissance de 10 % témoigne de la confiance, mais comporte aussi des risques. Face au ralentissement du commerce mondial et à la montée du protectionnisme, atteindre cet objectif exigera des réformes structurelles plus profondes, une consommation intérieure plus forte et une gestion rigoureuse de la dette publique.
En définitive, le congrès met en lumière la formule de gouvernance du Vietnam : diplomatie prudente et ambition économique sans relâche. La question centrale pour la prochaine génération de dirigeants vietnamiens demeure de savoir si ce modèle permettra d’atteindre le statut de pays à revenu élevé d’ici 2045 sans engendrer de tensions sociales ou financières.
D’après Moderndiplomacy.eu avec Reuters