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Agent Orange : le combat judiciaire de Tran To Nga entre espoir et détermination

La Cour de cassation a examiné le 16 juin le pourvoi de la journaliste franco-vietnamienne. L'avis favorable du parquet laisse entrevoir une issue positive, mais la décision finale ne sera rendue que le 16 septembre

Photo Gerard Memmi

La Cour de cassation a examiné le 16 juin le pourvoi de la journaliste franco-vietnamienne. L’avis favorable du parquet laisse entrevoir une issue positive, mais la décision finale ne sera rendue que le 16 septembre prochain.

« Tant que je respire, je me battrai. » Ce serment, Tran To Nga, 85 ans, le répète inlassablement depuis plus d’une décennie. Le 16 juin 2026, il a résonné une nouvelle fois dans les murs de la Cour de cassation, où s’est tenue l’audience décisive de son combat contre quatorze multinationales, dont Bayer-Monsanto et Dow Chemical.

La question posée aux juges était avant tout technique, mais ses implications sont immenses : ces entreprises, qui ont fourni l’Agent Orange à l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, peuvent-elles bénéficier de l’immunité de juridiction ? Un privilège jusqu’ici réservé aux États souverains, et qui avait conduit au rejet du dossier par le tribunal d’Évry en 2021 et par la cour d’appel de Paris en 2024.

Un signal encourageant

L’audience du 16 juin a pourtant réservé une surprise favorable à la plaignante. Dans un avis écrit, l’Avocat général – magistrat du parquet près la Cour de cassation – a recommandé la cassation de l’arrêt de 2024. Une position qui soutient l’argument central de la défense : les firmes impliquées ont réalisé des actes purement commerciaux, et non des missions de souveraineté, en fabriquant et vendant ce défoliant ultratoxique avant, pendant et après le conflit.

Cet avis, s’il ne lie pas la Cour, constitue un signal fort en faveur de la plaignante. L’espoir est donc permis, même si la décision finale ne sera rendue que le 16 septembre prochain.

Une militante infatigable, une cause universelle

Pour Tran To Nga, ce combat dépasse son cas personnel. Victime directe de l’Agent Orange – elle souffre de diabète et de tuberculose – elle a aussi perdu sa fille des suites de malformations liées à l’exposition. Son procès est devenu le symbole de la reconnaissance des crimes environnementaux de guerre et de la responsabilité des multinationales.

L’article que Reporterre a consacré à son parcours, sous le titre « Tant que je respire, je me battrai », retrace cette vie de résilience. Il rappelle que derrière la procédure judiciaire se tient une femme âgée, déterminée, qui incarne la mémoire de millions de Vietnamiens empoisonnés durablement, et de terres encore contaminées.

L’après 16 septembre : deux scénarios possibles

Le combat judiciaire de Tran To Nga pourrait connaître deux issues à l’automne :

  • En cas de cassation favorable : l’affaire sera renvoyée devant une nouvelle cour d’appel. Pour la première fois, la responsabilité des entreprises pourrait être examinée sur le fond, et des débats pourraient avoir lieu sur la toxicité de l’Agent Orange ou le préjudice subi par Mme Tran To Nga.
  • En cas de rejet du pourvoi : la décision de la cour d’appel est confirmée, et le combat judiciaire en France s’arrête. Mme Tran To Nga a toutefois évoqué la possibilité de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Une date à marquer d’une pierre blanche

Le 16 septembre prochain, la Cour de cassation rendra son arrêt. Il pourrait ouvrir une nouvelle ère judiciaire pour les victimes de désastres environnementaux, ou contraindre Tran To Nga à poursuivre son combat ailleurs. Mais quoi qu’il advienne, elle l’a promis : elle se battra jusqu’à son dernier souffle.


Retrouvez l’intégralité du portrait de Tran To Nga sur le site de Reporterre (article du 23 juin 2026):

ani88ht@gmail.com

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