« Le Vietnam passe de la sous-traitance logicielle à la création de technologies »
Mi-mai 2026, Qualcomm a inauguré un centre de recherche et développement (R&D) à Hanoï. Par rapport à l’annonce faite en 2025, le centre élargit ses domaines de recherche : non seulement l’IA, mais aussi les
Mi-mai 2026, Qualcomm a inauguré un centre de recherche et développement (R&D) à Hanoï. Par rapport à l’annonce faite en 2025, le centre élargit ses domaines de recherche : non seulement l’IA, mais aussi les semi-conducteurs, l’IoT et l’informatique en périphérie (edge computing). Thiều Phương Nam, directeur général de Qualcomm Vietnam, Laos et Cambodge, estime que le Vietnam n’est plus seulement un marché de consommation technologique ou un lieu de sous-traitance logicielle, mais qu’il participe désormais plus activement au secteur technologique mondial.
— Qualcomm avait annoncé que son centre R&D au Vietnam se concentrerait sur l’IA. Qu’est-ce qui a poussé l’entreprise à étendre ses projets à d’autres domaines ?
Depuis notre dernière annonce l’an dernier, nous avons rapidement compris que les opportunités de développement au Vietnam ne se limitaient pas à l’IA. Le pays possède également un grand potentiel dans des domaines comme les semi-conducteurs, les logiciels, la connectivité et l’ingénierie des systèmes — des secteurs de plus en plus liés à l’IA.
La vitesse de développement de l’écosystème technologique vietnamien a aussi largement dépassé nos attentes initiales. Nous observons de nombreux facteurs positifs au Vietnam : la qualité des ressources humaines, la maturité croissante de l’écosystème technologique ainsi que la volonté du pays de participer plus profondément au développement des technologies avancées.
Un autre point important est la capacité d’adaptation des ingénieurs vietnamiens. Ainsi, le centre R&D de Qualcomm à Hanoï ne se limite pas à l’IA, mais s’étend également aux semi-conducteurs, aux technologies automobiles, à l’Internet des objets (IoT) et à l’edge computing.
— Quelles qualités des ingénieurs vietnamiens donnent à Qualcomm la confiance nécessaire pour leur confier davantage de recherche ?
Ce qui nous impressionne le plus, c’est leur capacité d’adaptation et leur esprit d’apprentissage. Dans un contexte où la technologie évolue très rapidement, la capacité à mettre continuellement ses connaissances à jour et à travailler de manière flexible entre plusieurs domaines est aussi importante que les compétences techniques de base.
Nous avons vu de nombreux ingénieurs vietnamiens s’intégrer rapidement dans un environnement mondial de R&D et participer à des projets de plus en plus complexes liés à l’IA, aux logiciels, aux semi-conducteurs et à l’ingénierie des systèmes. Leur solide formation en mathématiques et en ingénierie leur permet de maîtriser rapidement des technologies complexes.
— Comment évaluez-vous l’écart entre le Vietnam et les grands centres technologiques mondiaux ?
Le Vietnam affirme progressivement sa position comme centre technologique et d’innovation en Asie du Sud-Est. Ce que nous voyons, ce n’est pas seulement le potentiel de l’écosystème, mais aussi la qualité des ingénieurs, les capacités de développement logiciel et la possibilité de participer profondément aux activités de conception technique.
Le Vietnam possède également plusieurs priorités de développement alignées avec les tendances technologiques mondiales, telles que l’IA, les semi-conducteurs, la connectivité avancée et les infrastructures numériques. Cependant, pour aller plus loin, le pays doit renforcer ses capacités de R&D, développer des technologies fondamentales et créer de la propriété intellectuelle. Au rythme actuel, le Vietnam peut tout à fait devenir un maillon stratégique de l’écosystème technologique mondial.
— Dans quel domaine technologique le Vietnam pourrait-il avoir une influence mondiale ?
Nous croyons particulièrement au potentiel du Vietnam dans l’edge computing, où l’IA est traitée directement sur les appareils et systèmes plutôt que de dépendre entièrement du cloud computing. C’est une tendance essentielle pour les smartphones, les voitures, l’IoT industriel, les robots et les infrastructures numériques.
Les semi-conducteurs et les technologies de connectivité avancée se développent également très rapidement. Ce sont les technologies fondamentales des systèmes intelligents de nouvelle génération. À mesure que l’IA s’intègre davantage aux produits et aux infrastructures, la capacité à optimiser simultanément le matériel, les logiciels et la connectivité deviendra cruciale.
À l’avenir, le Vietnam pourrait devenir un maillon stratégique de l’écosystème de l’informatique intelligente, notamment dans les domaines liés à l’IA, aux semi-conducteurs et aux technologies de connectivité.
— Le Vietnam est connu depuis longtemps pour la sous-traitance logicielle. Le passage aux technologies fondamentales est-il réellement possible ?
Je pense que tous les écosystèmes technologiques passent par cette évolution. En réalité, très peu de pays créent des technologies fondamentales dès le départ.
Ce qui nous donne confiance dans le Vietnam, c’est la qualité des ressources humaines techniques et la rapidité du développement de son écosystème technologique. Nous avons déjà vu des ingénieurs vietnamiens participer directement à des projets avancés en IA, semi-conducteurs, conception de circuits intégrés et ingénierie des systèmes.
En outre, le Vietnam compte aujourd’hui plusieurs entreprises technologiques ayant les ressources et l’ambition de développer des technologies compétitives à l’échelle mondiale. Notre coopération avec Viettel, VNPT et VinFast montre que les entreprises vietnamiennes participent de plus en plus profondément à la chaîne de valeur technologique.
Cependant, le développement de technologies fondamentales nécessite une collaboration étroite entre les universités, les centres de formation, les entreprises et l’écosystème technologique réel. C’est pourquoi nous collaborons avec des universités vietnamiennes et participons à la mise en relation des ingénieurs avec les équipes R&D.
— Le Vietnam vise à maîtriser dix technologies stratégiques. Que faut-il faire pour atteindre cet objectif ?
Cette orientation correspond aux tendances technologiques mondiales ainsi qu’aux points forts actuels du Vietnam, dans un contexte où des domaines comme l’IA, la 6G, les semi-conducteurs et l’Open RAN jouent un rôle croissant.
Le Vietnam dispose déjà de nombreuses entreprises technologiques et d’ingénieurs talentueux. Par exemple, dans le projet de coopération entre Qualcomm et Viettel sur la 5G Open RAN, Viettel a été l’un des premiers partenaires au monde à commercialiser et déployer cette solution à grande échelle. De même, VNPT a été l’un des premiers partenaires à commercialiser des produits intégrant le Wi-Fi 7. Cela montre que les entreprises vietnamiennes sont capables de maîtriser et d’exploiter des technologies avancées à haut niveau.
La technologie est un enjeu mondial. Réussir uniquement sur le marché intérieur ne suffit pas. Les entreprises technologiques vietnamiennes doivent développer une vision ouverte et se connecter plus profondément aux écosystèmes technologiques internationaux.
— Dans les 5 à 10 prochaines années, quel rôle imaginez-vous pour le centre R&D de Qualcomm au Vietnam dans le réseau mondial du groupe ?
Nous espérons que le centre R&D du Vietnam sera davantage intégré au réseau mondial de Qualcomm. L’objectif n’est pas seulement d’élargir les effectifs, mais aussi de développer ici même des capacités techniques de niveau mondial afin de contribuer directement aux prochaines générations de technologies.
Chaque centre technique apporte des perspectives et des problématiques concrètes différentes qui influencent la manière dont les technologies sont développées et déployées. Nous pensons que le Vietnam peut jouer un rôle de plus en plus important dans ce processus, notamment dans des domaines comme l’edge computing, l’IA embarquée (on-device AI) et les systèmes connectés.
J’espère voir le Vietnam devenir non seulement un marché technologique prometteur, mais aussi un lieu où l’on crée des technologies et où se développent des compétences techniques ayant une influence mondiale.