Vietnam : le boom des IDE accélère la recomposition industrielle de l’Asie du Sud-Est
Le Vietnam a enregistré 40,63 milliards de dollars d’IDE sur huit mois, en hausse de 55,4 %. Le pays renforce son rôle de plateforme manufacturière en Asie du Sud-Est. Le Vietnam vient d’afficher des résultats commerciaux
Le Vietnam a enregistré 40,63 milliards de dollars d’IDE sur huit mois, en hausse de 55,4 %. Le pays renforce son rôle de plateforme manufacturière en Asie du Sud-Est.
Le Vietnam vient d’afficher des résultats commerciaux inédits. Sur les huit premiers mois de 2026, le pays a enregistré 40,63 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE). Ce montant progresse de 55,4 % sur un an. Il comprend les nouveaux projets, les augmentations de capital et les achats d’actions. Les décaissements atteignent 17,25 milliards de dollars, leur plus haut niveau sur huit mois depuis cinq ans.
Le commerce extérieur de marchandises atteint également un record. Il s’élève à 770,14 milliards de dollars sur la période, en hausse de 28,7 % sur un an. Les exportations atteignent 374,84 milliards de dollars. Les importations progressent elles aussi fortement.
Une industrie manufacturière qui capte l’essentiel des capitaux
Cette dynamique confirme une tendance déjà observée depuis le début de l’année. Sur les sept premiers mois de 2026, les IDE effectivement décaissés atteignaient 15,2 milliards de dollars. L’industrie manufacturière et de transformation en absorbait 82,6 %. Les infrastructures, la logistique et l’énergie complètent les secteurs bénéficiant de cette dynamique. Fin juillet, Singapour occupait la première place parmi les investisseurs étrangers, avec 7,5 milliards de dollars engagés. La République de Corée et Hong Kong suivaient.
Le Vietnam commence également à accélérer ses investissements à l’étranger. Sur les sept premiers mois de 2026, ils ont atteint 2,36 milliards de dollars. Ce montant est 4,5 fois supérieur à celui de la même période en 2025. L’entreposage et le transport concentrent une part importante de ces flux. La production et la distribution d’électricité comptent aussi parmi les secteurs concernés. Le Laos demeure la première destination, devant le Cambodge et l’Indonésie.
Une stratégie plus ambitieuse pour 2026-2030
Le gouvernement vietnamien vise désormais un objectif précis pour les cinq prochaines années. La Résolution n°10-NQ/TW du Politburo a été adoptée le 8 juin 2026. Elle prévoit entre 200 et 300 milliards de dollars d’IDE enregistrés sur la période 2026-2030, soit 40 à 50 milliards par an. Les capitaux décaissés devraient, eux, atteindre 150 à 200 milliards de dollars, soit 30 à 40 milliards annuels. Trois quarts des nouveaux investissements devraient provenir d’économies développées, dotées de capacités technologiques et financières avancées.
Cette stratégie marque surtout un changement de priorité. Le Vietnam cherche moins à augmenter mécaniquement le volume des capitaux qu’à améliorer leur contribution à l’économie. Technologie, innovation et intégration des entreprises locales aux chaînes de valeur deviennent des objectifs centraux. Richard Barnsley dirige la Global Network Banking chez HSBC Vietnam. Selon lui, la compétition ne porte plus seulement sur le volume des capitaux. Elle porte aussi sur les technologies, les talents et la recherche. L’intégration des entreprises vietnamiennes aux chaînes de valeur devient tout aussi déterminante.
L’environnement fiscal évolue également. L’impôt minimum mondial de 15 % réduit l’efficacité des avantages fiscaux traditionnels. Le Vietnam mise donc davantage sur la qualité de son environnement d’investissement. Les capacités technologiques apportées par les investisseurs comptent désormais autant que les incitations fiscales.
“La Résolution n°10 vise à intégrer environ 10 000 entreprises vietnamiennes aux chaînes d’approvisionnement des groupes étrangers.”
Le texte prévoit aussi d’attirer plusieurs grands groupes technologiques mondiaux. Ils installeraient au Vietnam des sièges ou des centres de recherche-développement. L’objectif reste de transformer les flux de capitaux en écosystèmes industriels durables, associant universités, centres de recherche et entreprises locales.
Cette accélération renforce la position du Vietnam parmi les principales économies industrielles d’Asie du Sud-Est. La Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie restent toutefois des concurrentes directes. Ces pays disposent eux aussi de zones industrielles compétitives. Ils cherchent à attirer les mêmes groupes technologiques mondiaux. Le Vietnam conserve néanmoins un avantage : son intégration commerciale et son tissu industriel déjà établi.
Le nouvel Economiste – 4 septembre 2026