Quelle est l’incidence de la nouvelle politique fiscale des États-Unis sur les entreprises vietnamiennes ?
Allègement de la pression fiscale élevée Le 22 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu une décision rejetant le droit d’imposer des droits de douane en vertu de la Loi sur les pouvoirs économiques
Allègement de la pression fiscale élevée
Le 22 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu une décision rejetant le droit d’imposer des droits de douane en vertu de la Loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale (IEEPA), qui constituait jusqu’alors la base juridique utilisée par l’administration du président Donald Trump pour appliquer des droits de douane de rétorsion sur les importations provenant de pays enregistrant un important excédent commercial avec les États-Unis.
Toutefois, immédiatement après cette décision, la Maison-Blanche a annoncé l’instauration de droits de douane supplémentaires : initialement fixés à 10 %, puis relevés à 15 %, appliqués de manière généralisée aux importations en provenance des principaux partenaires commerciaux. Ces mesures sont entrées en vigueur le 24 février 2026 pour une durée de 150 jours, conformément au mécanisme de la Section 122 de la Loi sur le commerce de 1974 (Trade Act).
Selon des représentants du Département des marchés étrangers du Ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, l’annulation du mécanisme de droits de douane de rétorsion par la justice américaine a permis aux entreprises exportatrices vietnamiennes d’éviter temporairement le choc d’un taux élevé de 20 % appliqué en 2025 (voire plus pour certains produits). Cela contribue à réduire, à court terme, la pression sur les commandes et les coûts, tout en instaurant un climat psychologique plus favorable.
Néanmoins, le passage à un droit de douane additionnel de 15 % pour une période de 150 jours en vertu de la Section 122, combiné à la possibilité d’enquêtes au titre des Sections 232 et 301 (notamment sur l’origine des marchandises), montre que le risque commercial pesant sur les produits vietnamiens ne diminue pas. Il entre au contraire dans une nouvelle phase : plus courte, mais plus complexe et difficile à anticiper, en particulier pour les groupes de produits à forte valeur d’exportation, souvent soupçonnés de fraude à l’origine ou de contournement des droits de douane.
Hausse du risque d’enquêtes, contexte imprévisible
M. Phùng Quốc Mẫn, président de l’Association de l’artisanat et de la transformation du bois de Hô Chi Minh-Ville, indique que de nombreuses entreprises du secteur du bois disposent actuellement de commandes relativement stables jusqu’au premier semestre 2026, ce qui reflète les premiers signes de reprise du marché américain après une période de ralentissement. Toutefois, le risque majeur réside dans la possibilité que les enquêtes menées au titre de la Section 232 entraînent l’imposition de droits supplémentaires plus élevés. Les entreprises doivent donc adopter une démarche proactive : s’approvisionner en bois brut depuis les États-Unis, maintenir des systèmes de traçabilité continus, gérer efficacement la chaîne d’approvisionnement et renforcer leur compétitivité interne.
Selon des représentants de l’Association vietnamienne des exportateurs et transformateurs de produits de la mer, concernant les crevettes, la récente publication par les États-Unis des résultats définitifs du 19ᵉ réexamen administratif antidumping (POR19) sur les crevettes d’eau chaude congelées vietnamiennes — allant dans le sens d’une baisse des droits de douane — offre à plusieurs entreprises du secteur un avantage pour accéder au marché américain.
Cependant, avec l’élargissement des enquêtes américaines au titre des Sections 232 et 301, les produits de la mer, y compris les crevettes, restent exposés à une surveillance accrue concernant l’origine des matières premières, la chaîne d’approvisionnement, les subventions ainsi que les normes environnementales et sociales. Étant donné que la chaîne de valeur du secteur halieutique dépend fortement des zones d’élevage, des alevins, de l’alimentation et de la traçabilité, la moindre défaillance peut devenir un point faible lors des enquêtes commerciales américaines.
Il est donc essentiel que les entreprises vietnamiennes de produits de la mer profitent de cette période pour normaliser la traçabilité, renforcer la transparence des coûts, augmenter la part de valeur ajoutée domestique et réduire leur dépendance à des matières premières importées (par ex. aliments pour crustacés…) présentant des risques liés à l’origine. Cela leur permettra d’améliorer leur position lorsque les États-Unis mettront en œuvre des mesures de défense commerciale plus durables et plus ciblées à l’avenir.
Selon les données de l’Administration générale des douanes du Vietnam, en 2025, les exportations vietnamiennes vers les États-Unis ont continué d’enregistrer une forte croissance malgré la pression tarifaire. Le chiffre d’affaires des exportations vers ce marché est estimé à plus de 153 milliards USD, en hausse de plus de 28 % par rapport à 2024, représentant environ 32,2 % des exportations totales du pays. Les États-Unis demeurent ainsi le premier marché d’exportation du Vietnam.