Vu Thi Liên : « Mon parcours est celui de la responsabilité, du partage et de la foi dans les valeurs durables de la paix”
Elle a porté l’uniforme sous le soleil brûlant de l’Afrique. Elle a entendu des enfants l’appeler «maman». Elle, c’est la colonelle Vu Thi Liên, première femme casque bleu vietnamienne, recrutée par l’ONU à un poste
Elle a porté l’uniforme sous le soleil brûlant de l’Afrique. Elle a entendu des enfants l’appeler «maman». Elle, c’est la colonelle Vu Thi Liên, première femme casque bleu vietnamienne, recrutée par l’ONU à un poste d’experte en politique de sécurité et de défense. Aujourd’hui, alors que la plupart des Vietnamiens se préparent à célébrer le Têt en famille, Liên fait ses valises pour une nouvelle mission à Bruxelles. Dans son bagage, bien plus qu’un uniforme: des années de terrain, des souvenirs d’Afrique et une foi profonde dans les valeurs de la paix.
Vu Thi Liên est la première femme officier vietnamienne recrutée par concours à un poste d’experte en politique de sécurité et de défense au sein du Bureau de liaison des Nations Unies pour la paix et la sécurité en Belgique.
Lorsque la nouvelle lui est parvenue, Vu Thi Liên se trouvait à Paris, où elle participait à une formation d’instructeurs pour les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. « Depuis toujours, je rêvais de porter le béret bleu des Nations Unies. Aujourd’hui, alors que ce rêve devient réalité, je ressens surtout de la gratitude et une conscience très claire de mes responsabilités », nous confie-t-elle.
Avant Bruxelles, il y aura eu l’Afrique. Pendant deux années (2022-2024), Vu Thi Liên a été déployée au sein de la Mission de formation de l’Union européenne en République centrafricaine. Un terrain difficile, instable, parfois dangereux en raison des conflits…
« La réalité était à la fois plus rude et plus humaine que je ne l’imaginais.
Rude à cause du climat, de la sécurité et des différences culturelles.
Mais profondément humaine grâce à la solidarité internationale. J’ai vu concrètement comment la communauté internationale s’investissait au quotidien pour accompagner les populations locales vers une paix et une stabilité durables », se souvient-elle.
Conseillère et coordinatrice de formation, Liên a participé à l’instruction des forces armées centrafricaines : informatique, pédagogie, langue française, méthodes d’instruction militaire…
« Mes cours visaient à améliorer le travail des militaires, en leur permettant de renforcer l’armée en général et de développer le système d’éducation militaire en particulier. Une armée plus forte contribuera à maintenir la paix de manière plus efficace », nous explique-t-elle.
En République centrafricaine, ce sont les enfants qui l’ont vraiment marquée…
« Ils avaient entre quatre et dix ans. Ils vivaient autour du centre de formation où nous travaillions et, chaque jour, restaient derrière le portail à regarder les officiers passer. Beaucoup marchaient pieds nus, les pieds blessés par la terre, les pierres, la chaleur… Plusieurs avaient perdu leurs parents à cause des conflits ou de la maladie. Quand j’arrivais, ils couraient vers moi en criant ‘maman, maman’… La première fois que j’ai entendu ce mot, j’ai été bouleversée. J’ai aussitôt pensé à mes deux enfants restés au Vietnam, qui m’attendaient pendant que j’étais en mission », nous raconte Liên.
« Là-bas, le mot ‘maman’ n’est pas seulement une façon d’appeler quelqu’un. Il signifie la confiance, le besoin d’être protégé… Je leur apportais parfois quelques biscuits, des bonbons ou un peu d’eau. Ce n’était presque rien, mais pour des enfants pour qui même un petit-déjeuner pouvait être un luxe, ces gestes comptaient énormément. Le jour de mon départ, quand je leur ai dit que maman devait rentrer au Vietnam, ils m’ont serrée très fort dans leurs bras et se sont mis à pleurer. Cette image ne m’a jamais quittée. C’est à ce moment-là que j’ai compris que le maintien de la paix ne se résumait pas à des politiques ou à des stratégies, mais qu’il consistait aussi à préserver la confiance et l’espoir des plus vulnérables », ajoute-t-elle.
Une nouvelle mission commence.
« Pour être prête à cette nouvelle mission, je me suis préparée en étudiant les mécanismes de coopération entre l’ONU et l’Union européenne, tout en suivant de près la situation sécuritaire internationale. Mais où que je sois déployée, je garde toujours la même conviction : mon parcours est celui de la responsabilité, du partage et de la confiance dans les valeurs durables de la paix », déclare Vu Thi Liên.
À quelques jours du Têt, la fête la plus grande pour les Vietnamiens, quand les familles se réunissent, Vu Thi Liên, elle, prépare son départ.
À l’heure où le Vietnam affirme sa place au sein des opérations de maintien de la paix des Nations unies, son parcours trace une voie : celle d’un engagement exigeant, discret, profondément humain.