INAUGURATION DE LA STÈLE À LA MÉMOIRE DES VICTIMES DE L’AGENT ORANGE À PARIS : UN JALON POUR LA MÉMOIRE ET LA JUSTICE
C'est la première fois dans le monde qu'une œuvre commémorative officielle est érigée pour honorer les victimes de ce produit chimique dont les conséquences ont été lourdes pendant des décennies.
Un événement porteur d’une signification historique et d’une mémoire mondiale
Le matin du 25 avril, au parc de Choisy (13e arrondissement, Paris), la cérémonie d’inauguration de la stèle à la mémoire des victimes de l’agent orange/dioxine s’est déroulée dans une atmosphère recueillie et profondément émouvante. C’est la première fois dans le monde qu’une œuvre commémorative officielle est érigée pour honorer les victimes de ce produit chimique dont les conséquences ont été lourdes pendant des décennies. L’événement a rassemblé de nombreux représentants français et vietnamiens, des organisations, des associations ainsi que la communauté vietnamienne de France. Au-delà d’une simple cérémonie commémorative, cet événement constitue une avancée importante dans la quête de reconnaissance et de justice pour les victimes de l’agent orange.
Dès les années 1960, l’agent orange a causé des conséquences graves pour des millions de Vietnamiens, avec des séquelles qui se transmettent de génération en génération. Ces impacts ne se sont pas arrêtés à un moment donné de l’histoire mais continuent d’affecter la vie des personnes aujourd’hui. Pourtant, pendant des décennies, la pleine reconnaissance de cette catastrophe sur le plan international est restée limitée. L’érection de cette stèle à Paris dépasse ainsi le cadre local pour devenir un jalon mondial.
L’œuvre a été réalisée par l’artiste Kim Doan Quoc à l’initiative de la mairie du 13e arrondissement de Paris, avec la participation de nombreuses personnes, organisations françaises et de la communauté vietnamienne. Dans son discours, M. Daniel Trần a souligné le rôle de la ville dans la préservation de la mémoire historique et la promotion des valeurs humanistes. Selon lui, inscrire la mémoire de la guerre dans l’espace public n’est pas seulement un acte commémoratif mais aussi un engagement pour l’avenir. C’est une façon pour la société de ne pas oublier les leçons du passé et de tendre vers un monde plus humain.


De la mémoire personnelle aux expériences inoubliables
L’un des moments les plus émouvants de la cérémonie a été le discours d’Alexandre Florentin, ancien conseiller de Paris, qui a initié ce projet. Il a raconté que lors d’un voyage au Vietnam à l’âge de 10 ans, il avait vu de ses propres yeux des enfants touchés par l’agent orange. Sur le moment, il ne comprenait pas ce qui se passait, mais cette image s’est gravée dans son esprit et l’a accompagné pendant des années. C’est ce souvenir qui l’a poussé à poursuivre ce projet avec persévérance jusqu’à sa réalisation.
Ce n’est pas seulement M. Florentin : de nombreux participants à la cérémonie ont également partagé des souvenirs profonds liés au Vietnam, notamment à partir des années 1990. Ils se souviennent d’un pays tout juste sorti de la guerre, où les traces du passé étaient encore présentes dans la vie quotidienne. Lors de voyages sur le terrain, ils ont rencontré des familles dont des proches souffraient des conséquences de l’agent orange. Ces histoires n’étaient pas toujours exprimées, mais la douleur silencieuse était bien présente.
Ces expériences ont permis de réaliser que certaines tragédies ne s’arrêtent pas à la fin de la guerre. Elles continuent d’exister dans les corps, dans la vie des familles et dans la mémoire collective. C’est pourquoi l’érection de cette stèle n’est pas seulement un acte de regard vers le passé, mais aussi une façon d’affronter le présent. Elle ouvre un espace où la mémoire peut être nommée et partagée.
Les visages concrets derrière la mémoire historique
Parmi les représentants venus du Vietnam, la présence de M. Nay Djrueng, une victime de l’agent orange, a suscité une vive émotion. Sa vie et son courage ont été évoqués dans de nombreux articles et documents, devenant un symbole de résilience et de volonté. Il porte en lui non seulement les séquelles de la guerre mais représente également la voix de millions d’autres victimes. Sa présence à cette cérémonie est une preuve vivante des conséquences toujours présentes de l’histoire.
La délégation de l’association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA) comprenait MM. Nguyễn Hồng Sơn, Mme Hà Thanh, Mme Đỗ Mai Khanh et M. Nay Djrueng. Dans son discours, M. Nguyễn Hồng Sơn a exprimé son émotion face à ce geste des autorités et du peuple français. Il a souligné que cette œuvre commémorative n’est pas seulement un symbole de mémoire mais aussi une preuve de la solidarité et du partage entre les nations. La présence de la délégation vietnamienne a contribué à souligner la portée internationale de l’événement.

Une cérémonie solennelle et un message tourné vers l’avenir
Le programme de la cérémonie a débuté par une prestation de tambours traditionnels vietnamiens par le groupe artistique des Sông Viet de l’UGVF, créant une atmosphère solennelle et profondément culturelle. Ont suivi les discours des représentants de la mairie, des organisations et des personnes impliquées dans le projet. Mme Trần Tố Nga a prononcé un discours très émouvant, avant la cérémonie d’offrande d’encens et une minute de silence dans un recueillement total. Le moment du dévoilement de la stèle et du dépôt de gerbes a marqué l’apogée de la cérémonie.
L’événement parisien n’est pas seulement une activité commémorative mais aussi un puissant rappel des conséquences de la guerre chimique, dans un contexte mondial encore marqué par de nombreuses tensions. La stèle du parc de Choisy porte un message clair sur la responsabilité et la mémoire. C’est également un appel à un avenir plus paisible et plus humain. Les images et les émotions de cette cérémonie resteront longtemps gravées dans les esprits des participants.


Poursuite du cheminement de coopération et de connexion
Après la cérémonie, les délégués ont participé à un déjeuner à la mairie du 13e arrondissement, réunissant environ 100 invités dans une ambiance chaleureuse. L’après-midi du même jour, l’Union générale des Vietnamiens de France (UGVF) a invité la délégation de la VAVA à se rendre au siège de l’associatio, pour poursuivre le programme de travail et d’échange. La rencontre s’est déroulée à partir de 15 heures avec au programme : présentation des activités de l’UGVF, projection d’un film documentaire sur les actions liées à l’agent orange entre 2006 et 2020, ainsi qu’un temps d’échange entre les deux parties.
Dans le cadre de cette réunion, les représentants de l’UGVF ont présenté l’historique de l’association, ses activités communautaires et les initiatives liées au soutien des victimes de l’agent orange. La délégation de la VAVA a également pris la parole pour partager la situation actuelle au Vietnam et les besoins d’aide pour les années à venir. Les discussions et les échanges se sont déroulés de manière ouverte, témoignant de l’intérêt commun des deux parties pour les actions humanitaires et une coopération durable.
La réunion s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse, avec un échange de cadeaux souvenir et une photo de groupe. Les présents, chargés de symboles, exprimaient non seulement le respect mutuel mais marquaient aussi l’amitié et les liens solides entre les organisations. Cette rencontre a montré que l’événement ne s’arrêtait pas à la cérémonie mais ouvrait également des perspectives de coopération concrète pour l’avenir.


Un jalon important mais pas un point final
L’inauguration de la stèle commémorative à Paris est un jalon mémorable dans la quête de reconnaissance pour les victimes de l’agent orange. Cependant, ce n’est pas le point final de ce processus. Le combat pour la justice continue et exige l’engagement de la communauté internationale. Des événements comme celui du 25 avril contribuent à ce que la mémoire ne soit pas oubliée, mais devienne une partie de la conscience humaine.
C’est à partir de tels jalons qu’un espace commun de mémoire, de responsabilité et de dialogue se construit. Cela permet non seulement de regarder le passé avec honnêteté, mais aussi d’ouvrir la possibilité d’édifier un avenir plus juste. La stèle du parc de Choisy n’est donc pas seulement une œuvre matérielle, mais le symbole d’un engagement durable envers la vérité et la dignité humaine.