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Stratégie de survie pour le Vietnam : une croissance à deux chiffres face au piège du « vieillir avant de devenir riche »

« L’impératif des deux chiffres » L’un des objectifs économiques les plus importants fixés par le XIVᵉ Congrès national du Parti est d’atteindre un taux de croissance moyen du PIB de 10 % par an ou

« L’impératif des deux chiffres »

L’un des objectifs économiques les plus importants fixés par le XIVᵉ Congrès national du Parti est d’atteindre un taux de croissance moyen du PIB de 10 % par an ou plus sur la période 2026-2030.

Selon le professeur associé et docteur Nguyễn Đức Lộc, directeur de l’Institut de recherche sur la vie sociale (SocialLife) :

« L’opinion publique débat beaucoup de la faisabilité d’un objectif de croissance à deux chiffres, mais parle peu de la raison pour laquelle le Vietnam est contraint de se fixer un tel objectif. L’ambition de maintenir une croissance à deux chiffres n’est pas un objectif de prestige ; c’est un impératif stratégique de survie. »

D’après lui, si le Vietnam se contente d’un taux de croissance moyen de 6 à 7 % par an, comme lors des périodes précédentes, il lui faudra encore plusieurs décennies pour rattraper les « dragons » économiques asiatiques. Le pays risque également de se retrouver dans la situation de « vieillir avant de devenir riche », de tomber dans le piège du revenu intermédiaire, d’atteindre un plafond de développement puis d’entrer dans une phase de déclin.

« L’économie vietnamienne se trouve à un tournant historique décisif. Nous avons officiellement rejoint le groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur. Cependant, cette nouvelle position s’accompagne d’un risque majeur : le piège du revenu intermédiaire. L’histoire économique mondiale montre que la plupart des pays ayant atteint ce niveau de revenu ont ensuite connu un ralentissement de leur croissance, perdant leur avantage fondé sur une main-d’œuvre bon marché sans pour autant disposer des capacités technologiques nécessaires pour rester compétitifs. »

Ainsi, une croissance exceptionnelle est une nécessité vitale : elle constitue le seul moyen de générer une accumulation importante de capital, de moderniser les infrastructures et de renforcer les capacités nationales afin de faire face aux chocs mondiaux de plus en plus complexes.

Selon le Dr Nguyễn Đức Lộc :

« Le principal problème de l’économie actuelle est que les anciens moteurs de croissance sont épuisés. Le modèle fondé sur une main-d’œuvre peu coûteuse, l’assemblage à faible valeur ajoutée et l’exploitation des ressources naturelles a atteint ses limites. Le Vietnam ne peut plus continuer à concurrencer les autres pays par le coût du travail alors que ceux-ci optimisent leur production grâce à l’automatisation, à l’intelligence artificielle et aux hautes technologies. »

Il ajoute :

« Un système institutionnel capable d’accélérer les investissements, de développer rapidement les infrastructures et de stimuler l’économie crée immédiatement une forte pression sur le marché du travail. C’est pourquoi l’amélioration de la qualité des ressources humaines devient plus urgente que jamais. »


Le défi des ressources humaines à un tournant décisif

Selon le docteur Đoàn Anh Tú de l’Université de Khánh Hòa, la vision et la détermination du Parti et de l’État à accélérer le développement économique se reflètent clairement dans les trois percées stratégiques définies par les autorités :

  1. le développement des ressources humaines, notamment des travailleurs hautement qualifiés ;
  2. la réforme des institutions ;
  3. le développement scientifique, technologique et la transformation numérique.

Le développement du capital humain est placé au centre de cette stratégie, car les avancées institutionnelles et technologiques ne peuvent réussir sans des ressources humaines adaptées.

Par ailleurs, le vieillissement démographique s’accélère. En 2024, le Vietnam comptait 14,2 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 14 % de la population, et cette proportion devrait atteindre 18 % en 2030. Dans le même temps, la transformation numérique exerce une pression croissante sur le marché du travail : environ 56 % des emplois actuels pourraient être affectés par l’automatisation.

Selon Đoàn Anh Tú :

« Pour transformer ces défis en opportunités, la priorité doit être donnée à la formation et au renforcement des compétences numériques de la main-d’œuvre, en accordant une attention particulière aux groupes vulnérables tels que les travailleurs ruraux et les minorités ethniques. Cela permettra non seulement de réduire les inégalités, mais aussi de mobiliser un vaste réservoir de main-d’œuvre au service d’une croissance fondée sur la productivité et l’innovation. »

Le Vietnam se trouve aujourd’hui à un moment comparable à celui qu’a connu la Corée du Sud dans les années 1980-1990. L’expérience sud-coréenne montre que pour échapper au piège du revenu intermédiaire, une amélioration spectaculaire de la qualité du capital humain est une condition indispensable.

La Corée du Sud a réussi sa transition en passant d’un avantage fondé sur une main-d’œuvre bon marché à un avantage reposant sur une main-d’œuvre hautement qualifiée et innovante, grâce à des investissements massifs et ciblés dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle de qualité.


Un cercle vertueux entre emploi et croissance

Pour le Dr Đoàn Anh Tú, le développement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée est aujourd’hui une nécessité urgente, non seulement pour atteindre les objectifs de croissance futurs, mais aussi pour répondre aux besoins immédiats des entreprises, accroître la productivité et les revenus des travailleurs, et faire face au vieillissement démographique.

L’objectif est de créer un cercle vertueux :

Main-d’œuvre qualifiée → croissance durable → emplois de qualité → développement humain global

Comme il le souligne :

« La relation réciproque entre le développement de l’emploi et la croissance économique est très claire. Une main-d’œuvre de qualité favorise une croissance durable ; en retour, la croissance crée de meilleurs emplois et fournit les ressources nécessaires pour investir dans l’éducation et la formation, améliorant ainsi encore la qualité du capital humain. »

dienhai.nguyen@free.fr

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