Le parcours ayant conduit à la création de l’Union générale des Vietnamiens de France (1973-1976)
Il n’existait qu’une seule organisation adoptant clairement une position de soutien à la République démocratique du Vietnam (Nord-Vietnam) et au Front national de libération du Sud-Vietnam : il s’agissait de l’Union des Vietnamiens en France
Pendant la période de la guerre contre les États-Unis (1955-1973), en France, il n’existait qu’une seule organisation adoptant clairement une position de soutien à la République démocratique du Vietnam (Nord-Vietnam) et au Front national de libération du Sud-Vietnam : il s’agissait de l’Union des Vietnamiens en France (Liên hiệp Việt kiều tại Pháp). C’était une grande organisation comptant plusieurs milliers de membres issus de différents milieux sociaux et de plusieurs générations vivant en France. Elle comprenait de nombreuses associations affiliées : l’Union des personnes âgées, l’Association des femmes, l’Union des commerçants, l’Union des ouvriers, l’Association des intellectuels, l’Union des étudiants, ainsi que plus de vingt sections locales réparties sur l’ensemble du territoire français, notamment à Marseille, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Lille…
Le camp soutenant le gouvernement de Saïgon, allié des États-Unis, disposait également d’une organisation, mais celle-ci regroupait principalement des étudiants originaires du Sud venus poursuivre leurs études en France. Il existait aussi quelques autres organisations, mais elles n’affichaient pas clairement de position politique.
Le 27 janvier 1973, les Accords de Paris furent signés, ouvrant une nouvelle période : l’armée américaine se retira du Vietnam, et la population du Sud-Vietnam devait désormais décider elle-même de son avenir par un processus de concorde et de réconciliation nationales, menant à l’organisation d’élections générales libres et à la mise en place d’un Conseil national composé de trois composantes chargé d’organiser ces élections.
Durant les deux années suivantes (1973-1974), à Paris, les réunions de concertation entre le Gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP) et la République du Vietnam (Saigon), organisées au château de La Celle-Saint-Cloud, furent bloquées par la partie représentant l’administration de Saïgon, dirigée par Nguyễn Văn Thiệu. Parallèlement, au Vietnam, celle-ci poursuivait des opérations militaires contre les zones contrôlées par le GRP.
En France, certaines organisations et personnalités se considérant comme appartenant à une « troisième composante » (ni révolutionnaire, ni pro-saigon) mais soutenant les Accords de Paris, commencèrent progressivement à constater que le principal obstacle à leur application était l’administration de Saïgon.
Face à cette situation, l’Union des Vietnamiens en France proposa une initiative stratégique : unir l’action avec tous les groupes ou personnes soutenant les Accords de Paris, trouver ensemble avec eux tout terrain d’entente pour coopérer, en mettant temporairement de côté les divergences liées à des perceptions encore différentes. Ainsi, elle a pris l’initiative de rencontrer des organisations et des particuliers pour leur présenter cette idée.



Début 1975, l’Union organisa ainsi le « Têt de réconciliation et de concorde de l’année du Chat (Ất Mão) ».
Les co-organisateurs comprenaient :
- l’Association des bouddhistes vietnamiens d’outre-mer, présidée par le Vénérable Thích Thiện Châu ;
- le Mouvement des catholiques et de la nation, présidé par M. Nguyễn Văn Công ;
- l’Union des Vietnamiens en France, présidée par M. Huỳnh Trung Đồng ;
- le groupe « Tourné vers la patrie vietnamienne », représenté par M. Vũ Thiện Hân ;
- le Front neutraliste et pour la paix, présidé par M. Phạm Văn Huyến ;
- les Forces de liberté, présidées par M. Trần Đình Lan ;
- le Comité de liaison des forces centristes du Sud-Vietnam, présidé par M. Hồ Thông Minh ;
- etc.
Y participèrent également des personnalités indépendantes telles que :
- Nguyễn Văn Châu, ancien lieutenant-colonel de l’armée de Saïgon;
- Cao Minh Chiếm, journaliste ;
- Nguyễn Văn Cổn, docteur ès lettres ;
- Ngô Công Đức, ancien député de Saïgon ;
- Cổ Văn Hai, ancien vice-président du Parlement de Saïgon ;
- Đỗ Khắc Mai, ancien colonel de l’armée de l’air Saïgon ;
- Cao Huy Thuần, enseignant universitaire ;
- Phạm Thế Trúc, ancien député de Saïgon ;
- etc.
La soirée du Têt, organisée à la salle de la Mutualité (5ᵉ arrondissement de Paris), attira plus de 5 000 participants. Avant même l’ouverture officielle, les organisateurs durent improviser l’installation de haut-parleurs supplémentaires pour permettre aux milliers de personnes restées à l’extérieur de suivre l’événement, en raison de l’affluence exceptionnelle.
Cet événement constitua également la première étape du processus qui conduisit par la suite à la création de l’Union générale des Vietnamiens en France, une organisation rassemblant des composantes et des opinions diverses, mais unies autour d’une idée commune : renforcer la cohésion de la communauté vietnamienne et contribuer à la reconstruction d’un pays désormais réunifié, mais lourdement dévasté par plusieurs décennies de guerre.
Le 30 avril 1975 ouvrit une nouvelle page de l’histoire. L’Union des Vietnamiens en France, entretenant désormais des relations de plus en plus étroites avec d’autres organisations et personnalités, décida de se dissoudre (décembre 1975) afin de s’unir à elles pour fonder une nouvelle association. Les membres seront les bienvenus quels que soient leur passé, leur nationalité ou leurs opinions politiques, pourvu qu’ils soient d’origine vietnamienne.
Les 24 et 25 avril 1976, le Congrès constitutif de l’Union générale des Vietnamiens de France se tint à Argenteuil, réunissant plus de 1200 délégués. Les organisations membres de l’Union des Vietnamiens en France (Liên hiệp Việt kiều) — telles que l’Union des personnes âgées, l’Union des ouvriers, l’Union des commerçants, l’Association des femmes, l’Association des intellectuels, l’Union des étudiants, ainsi que les sections locales à travers toute la France — rejoignirent la nouvelle association. La plupart des organisations ayant co-organisé le « Têt de réconciliation et de concorde Ất Mão » acceptèrent également d’y participer. Plusieurs personnalités d’entre elles furent élues au Présidium de l’Union générale des Vietnamiens de France, comme le Vénérable Thích Thiện Châu, M. Nguyễn Văn Công, M. Vũ Thiện Hân, M. Cao Huy Thuần, M. Cao Minh Chiếm, etc.
